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mardi 23 février 2010

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Qu’est-ce qui se cache derrière
un lutrin ?


À Québec, au cours de notre première saison en Slam de poésie (2007), nous avons opté pour débarrasser les planches de cet outil usuel, trop souvent jugé indispensable et qu’on retrouve, notamment, dans la plupart des soirées de poésie : le lutrin. Aucun règlement dans la ligue québécoise de slam (LiQS) – ni autre – ne concerne la présence ou l’absence de lutrin. Ainsi, l’alternative s’offre toute grande à nous.

Le Slam de poésie, en tant qu’il propose un cadre compétitif (inspiré des joutes oratoires), se distingue des soirées de poésie, bien sûr, par la dynamique particulière qu’il engendre, celle entre les slameurs ou entre les slameurs et le public ; entre le public et le slammestre ; entre le public lui-même (car les juges sont choisis parmi le public) ; entre slameurs et slammestre, etc.

Ce cadre implique par ailleurs que, bien que la qualité des textes joue un rôle dans les points obtenus, la qualité de la prestation en elle-même demeure l’élément clé des matchs. Il s’agit avant tout de l’énergie émise, de la clarté et de l’expression, de la voix, etc. En somme, qui dit « énergie », «expression» et « voix », parle inévitablement de corps et de présence physique… Alors pourquoi cacher le corps des slameurs derrière un
lutrin ?

Il s’agit d’un élément fort simple, un détail, mais en vidant la scène de tout lutrin au Slam de poésie, SLAM cap marque scéniquement, visuellement et physiquement, une différence avec les soirées de poésie.

Aucun règlement ne stipule non plus, en slam de poésie, si le slameur doit ou non apprendre ses textes par cœur, le choix revient donc aux protagonistes. Mais en l’absence de lutrin, le slameur qui recourt à un texte écrit pour livrer son slam doit assumer pleinement la présence des feuilles en les tenant à la main. Corps et textes se retrouvent visuellement/physiquement liés.

Pour lire nos réflexions et choix concernant l’alternative entre apprendre par cœur ou lire son texte, cliquez.

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Pour savoir comment se joue un Slam de poésie, cliquez.

Pour connaître les règlements d’un Slam de poésie, cliquez.

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lundi 18 janvier 2010

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Vous avez dit Slamshot ?

Il arrive que des slameurs ou des slammestres d’autres régions que celle où opère SLAMcap (Québec) m’interrogent concernant ces Slamshots que j’ai introduit dans les Slams de poésie à Québec, en 2008 et que nous pratiquons chaque fois, depuis.

Disons d’emblée que ça ne change rien au déroulement du slam de poésie en tant que tel. Le Slamshot se glisse juste avant la match, en guise de présentation des slameurs inscrits, tout en servant de mise au jeu.

Après avoir introduit la soirée avec les mots de bienvenus, les explications et les remerciements d’usage, le slammestre invite tous les joueurs inscrits pour la soirée à monter sur la scène. Ceux-ci se disposent en ligne, à l’arrière de la scène, prêts à se rendre rapidement au micro lorsqu’ils y seront individuellement convoqués pour leur slamshot.


Le slammestre les présente (en ordre alphabétique) un après l’autre, se contentant de dire leur nom. Le slameur ainsi appelé, s’approche du micro et slame un court texte dont la durée n’excèdera pas 45 secondes, puis s’en retourne dans la ligne des joueurs, au fond de la scène. La slammestre appelle la slameur suivant, ainsi de suite.

Les slameurs ne sont pas évalués par les juges pour leurs slamshots respectifs. Beaucoup plus bref qu’un slam (et généralement encore plus punché), le slamshot, permet néanmoins aux slameurs d’annoncer leurs couleurs et aux juges de se familiariser déjà à la voix, au souffle et au style propre à chacun.


Une fois que tous les slameurs ont été présentés et qu’ils ont effectué leur slamshot, chacun quitte la scène pour regagner son siège. Le slammestre débute alors la partie en annonçant le slameur sacrifié qui, ne participant au match, exécutera le premier slam qui sera soumis à l’évaluation des juges.

[Pour savoir comment se joue un Slam de poésie, cliquez.]

Pourquoi avoir instauré le slamshot ?

Ce qui m’a motivé à chercher une formule particulière pour amorcer les matchs, c’est un phénomène bien connu que je cherchais à éviter ou à amoindrir : la tendance qu’on retrouve dans le monde du spectacle, où plus la soirée avance plus les spectateurs sont réchauffés et apprécient mieux ce qui leur est présenté. Tendance qui motive par ailleurs beaucoup d’artistes consacrés à présenter un autre artiste en première partie de leur spectacle (ce dernier sert à « réchauffer la salle »).

Lors d’une joute, où des points sont attribués, cette tendance s’avère plutôt cruelle, puisqu’elle pénalise les premiers slameurs et profite aux derniers. C’est pourquoi on détermine au hasard l’ordre de passage lors d’un slam de poésie.

J’espère donc que le slamshot contribue à réchauffer la salle et par le fait même à réduire la disparité des scores accordés aux slameurs.

Est-ce que ça influe effectivement sur les pointages ? Pour répondre objectivement, il faudrait faire des statistiques comparatives à plusieurs endroits et sur une longue période… Ce qui n’est pas possible (présentement du moins). J’ai l’impression que c’est bénéfique, mais il ne s’agit que d’une impression, une croyance en somme. Je continue à intégrer le slamshot dans les joutes, parce que le je crois.

Quoi qu’il en soit, le slamshot permet d’officialiser la mise au jeu, de présenter les slameurs en jeu et, ce, d’une façon qui tend à exploiter le caractère spectaculaire de tout Slam de poésie.

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mercredi 4 novembre 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Peut-on chanter ?

Une autre question qu’on me pose souvent et, ce, tant du côté des spectateurs, que de celui des slameurs (et de ceux qui entretiendraient des velléités à prendre part au jeu)…

La présente chronique sera brève. Puisque, à ce sujet, je n’aurai pas besoin de développer une argumentation très élaborée pour répondre à la question. La réponse tient dans le règlement (no 5) lui-même du Slam de poésie, dont voici un extrait.

Car bien qu’aucun accessoire ou usage des mains et des pieds pour faire un rythme ou de la musique ne soit permis :
« Avec votre voix, vous pouvez faire à peu près n’importe quoi : beat box, chant, cris, murmures, psalmodies, berceuses, onomatopées, cris d’animaux […] ».
Pour accéder à la liste complète des règlements, cliquez.

Il est donc officiellement et clairement établi qu’on peut chanter lors d’un Slam de poésie. Mais ce doit être fait aca pella, aucune forme d’accompagnement n’est tolérée, uniquement la voix. Rappelons, qu’ici, le slameur ne peut non plus demander au public de battre la mesure en tapant des mains ou des pieds. [Pour lire notre chronique précédente à ce sujet, cliquez.]


Le texte, la bouche et la voix demeurent les vedettes exclusives du show.


Prochain slam de poésie à
Québec dans le cadre de la LiQS :

Lundi 16 novembre
Café-bar l’Agitée
,
251, rue Dorchester

Ouverture des portes : 20h00
Entrée : 5 $

Un slam de poésie hors série au
Musée National des beaux arts du Québec :

Vendredi 13 novembre
Ouverture des portes : 20h00
Entrée libre.
Ce slam portera exceptionnellement sur une thématique : le sentiment amoureux ou l’emportement amoureux.

Suivez le blog pour la suite des informations.

jeudi 8 octobre 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Slameur contre slammeur…

(Ou comment franciser le slam ?)

C’est un fait, le Slam est bien implanté dans la langue française, son apparition dans l’édition 2009 du Nouveau Petit Robert en fait foi (pour voir la chronique publiée à ce sujet, cliquez).


C’est un nouveau mot – un néologisme – et on s’interroge beaucoup quant à son orthographe.

Bon, on s’entend que le mot « slam » – qui est un anglicisme (un mot emprunté à la langue anglaise) – s’écrit « slam », tout simplement. Mais comment doit-on écrire le verbe, le nom, l’adjectif et autres substantifs qui en dérivent ?

C’est peut-être un nouveau mot qui demeure encore à créer et à développer, mais on ne peut le faire n’importe comment sans commettre quelques fautes de langue.

Dans la langue française, on forme les mots d’une certaine façon.
Par exemple, comment doit-on écrire le verbe :
« slamer » ou « slammer » ?

Un mot peut contenir jusqu’à trois parties distinctes, qui le désignent dans sa spécificité.

Il y a d’abord la racine (qui est le cœur du mot). « Slam » est ici la racine, évidemment.

À la racine on ajoute parfois un préfixe (devant la racine).
Ex. : « », comme dans « duire », « clin ».

Parfois on ajoute un suffixe (après la racine).
Comme dans le verbe slamer. On ajoute le suffixe « er » qui détermine de facto le groupe de verbe auquel il appartient. Ainsi, le suffixe ne consiste qu’à un « er ». Il est donc inutile de surajouter un « m » à la racine « slam ». Le verbe, c’est : slamer, avec un seul « m ».

Celui et celle qui participent au slam, qui le pratiquent, comment écrit-on le nom qui les désigne : « slameur / slameuse » ou
« slammeur / slammeuse » ?

À l’instar de celui du verbe, le suffixe du nom ne comporte pas de
« m » : « eur » (masculin) et « euse » (féminin), le nom s’écrira donc « slameur » et « slameuse ». Avec un seul « m ».

Et le maître du jeu, comment écrit-on son nom : « slamestre » ou « slammestre » ?
Ici, le suffixe, c’est mestre (qui signifie maître), donc le nom s’écrit
« slammestre » (avec deux « m »).

On pourrait également dire d’un poème qu’il est slamable, lorsqu’on le trouve particulièrement efficace pour le slam, de par son rythme ou sa musicalité.

Et on ajouterait à la racine et au suffixe, le préfixe « in », pour dire d’un poème qu’il se prête mal au slam : inslamable.

Mais seul l’avenir nous apprendra tous les mots, bien français, qui dériveront de ce nouvel emprunt à la langue anglaise… Et slam !


Comment participer à un slam de poésie, cliquez ici.

Les règlements du Slam de poésie, cliquez ici.

lundi 8 juin 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau


Top chrono, oui,
mais à partir de quand ?



L’une des règles fondamentales au Slam de poésie, on l’a déjà dit, concerne la durée de la prestation, celle-ci ne devant pas excéder les trois minutes, sous peine de pénalité.

On accorde dix secondes de grâce aux slameurs, de sorte qu’aucune sanction n’est appliquée jusqu’à trois minutes dix secondes. Après, un demi point est soustrait au score du slameur pour chaque dix secondes supplémentaire. Par exemple, un excès à quatre min. dix sec. représente une perte de trois points pour le slameur, ce qui s’avère fatal quant à ses velléités de marquer dans la joute. À cinq minutes, le joueur est carrément disqualifié.

Eu égard à l’importance du temps, il est impératif que le même traitement soit réservé à chaque slameur. Il faut enclencher et stopper le chronomètre aux mêmes moments pour tous les joueurs et avoir été au préalable clair à ce sujet avec eux.

À noter que la durée limitée (idéalement) à trois minutes, n’est pas innocente. Celle-ci impose un rythme dynamique permettant de contrecarrer certains effets négatifs inhérents à ce type de soirées qui reposent exclusivement sur la parole, la voix et les mots.

On ne doit pas évidemment actionner le chrono dès que le slameur monte sur scène, il faut au moins lui accorder le temps de bien s’installer afin de slamer dans les meilleures conditions possibles. C’est-à-dire d’ajuster le micro à sa hauteur – ou à le prendre en main – et se positionner pour assurer un éclairage suffisant sur ses feuilles s’il doit le lire.


Une fois installé, un slameur peut éprouver le désir de présenter son texte, c'est-à-dire de le mettre en contexte ou de raconter ce qui l’a amené à l’écrire, etc. Une alternative se présente donc à la personne qui tient le chronomètre : 1- ou bien elle le laisse faire son introduction et elle ne compte qu’à partir du début de son slam proprement dit ; 2- ou alors elle le chronomètre dès le premier mot prononcé.
La première option peut sembler cool, comme on dit, mais elle n’est ni juste, ni justifiée pour autant. Voyons, voir

La première option n’est pas juste car elle induit un flou élastique, laissant place à l’arbitraire et au favoritisme quant à la notion de durée limite. Le résultat final, c’est que tous auront bientôt envie de profiter de ce bonus de temps. Et elle est injustifiée puisque les règles du Slam limitent à trois minutes justement pour assurer le dynamisme que je mentionnais plus haut. Ensuite, les mises en contexte de ce genre contribuent à ces longueurs souvent reprochées aux soirées de poésie, ce que tend précisément à éliminer le Slam de poésie.

Ainsi, pour ses slams de poésie, à Québec, SLAM cap préconise la seconde option : le temps du slameur est compté dès qu’il prononce son premier mot, fut-il « bonsoir ».

[Vous avez accès aux règlements du Slam de poésie dans la colonne droite du blogue]

dimanche 17 mai 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

En quoi et comment « préparer » le jury ?


Tel que promis dans la précédente chronique du Slam en questions, je vous dévoile ici l’approche que j’ai développée pour SLAM cap en ce qui a trait aux consignes livrées aux membres du jury.



Entendu que le jury change à chaque joute, puisqu’il est composé de cinq spectateurs choisis dans l’assistance, le slammestre doit répéter les consignes à chaque nouvelle partie. Deux voies se présentent alors à lui, il peut transmettre les informations :
1- De façon individuelle, lors de leur recrutement. Ce qui, selon moi, comporte quelques inconvénients de taille. Ce procédé individualisé oblige à schématiser les consignes d’une part et, d’autre part, entraîne inévitablement quelques inégalités, d’un juge à l’autre, quant à la quantité et à la qualité des informations diffusées. Si le slammestre concède 2 minutes d’explications à chaque juge, cela représente en moyenne 10 minutes.
2- De façon collective, c’est-à-dire qu’on réunit les membres du jury, en aparté, afin de leur divulguer les consignes tous ensemble. Le tout dure de 5 à 10 minutes (selon les questions et interventions de chacun). D’aucuns y voient l’inconvénient que cela a pour effet de séparer ces cinq personnes de leurs amis respectifs durant quelques minutes.

Personnellement, je préfère la deuxième option. À mon avis, l’inconvénient qu’on lui impute relève d’une crainte non fondée. Au contraire, le fait de réunir ces spectateurs (qui partageront la responsabilité du jugement des slameurs), dans un lieu à part durant quelques minutes, constitue en soi un acte de reconnaissance quant à l’importance du rôle qu’ils tiendront dans le jeu et, du coup, lui confère une certaine officialité, ce qui n’est pas sans déplaire à ceux-là même qui ont accepté de se prêter au jeu. Il s’agit de demeurer bref et d’éviter d’être envahissant. Notamment, il faut que, tout au long du match, les juges puissent se retrouver assis avec leurs amis.

Consignes au jury

- Vous êtes là pour le plaisir, on ne veut pas vous le gâcher.

- C’est pourquoi on ne vous demandera pas de vous baser sur une grille d’analyse savante… vous êtes là à titre d'échantillon du public (représentatif)…[Liqs]

- Donnez les points en fonction du plaisir que vous éprouvez personnellement (coup de cœur). Essayez d’évaluer ce que vaudrait, en terme de points, votre enthousiasme à applaudir (plus ou moins fort).

- Évaluer chaque slameur sur une échelle de 0 à 10 pts. L’usage des fractions est encouragé (8,2 ; ou 7,9 ; ou 9,5 ; etc.) [LiQS]

- Ne vous laissez pas influencer par les autres (public et autres juges). [LiQS]

- Essayez d’être conséquent dans les points que vous donnez…
Une tendance est remarquable dans le monde du spectacle : plus la soirée avance, plus les spectateurs sont réchauffés et apprécient. Lors d’une joute où des points sont attribués, c’est une réalité cruelle qui pénalise les premiers slameurs et profitent aux derniers. C’est pourquoi on détermine au hasard l’ordre de passage. Mais en étant conscient de ce phénomène, vous pouvez tenter de relativiser les pointages que vous donnez. [LiQS]

- Le public aura tendance à réagir aux scores que vous donnez s'il les juge trop bas. Je vous recommande de considérer le pointage à 6, comme celui à accorder au plus mauvais poème, suivant votre appréciation. Par ailleurs, évitez de donner une note parfaite, comme le 10. Et si quelqu'un après arrive avec une prestation que vous estimez meilleure encore ?

- Si le public réagi fortement en fonction de votre échelle des points et que vous avez envie de vous adapter, ne changez pas d'échelle en cours de manche. Ce serait injuste pour les slameurs qui ont été évalués sous votre première échelle. Attendez à la seconde manche, vous pourrez repartir en suivant une nouvelle échelle. [LiQS]

- Ne prenez pas en considération les règlements du slam de poésie (durée, accessoires, costumes, etc)… Mesurez simplement votre plaisir. Les officiels (slammestre et juge de ligne) s’occupent d’appliquer les pénalités prévues sur le pointage que vous donnez…

- Ne prenez pas en considération des éléments externes… Exemple, n’ajoutez pas (ou n’enlevez pas) de points en fonction que le slameur ait appris ou non son texte par cœur. Ça ne doit pas être considéré comme élément à part, c’est-à-dire que si cela octroie un surplus qualitatif à la prestation, vous ne manquerez pas de l’apprécier d’autant et de lui accorder un pointage en conséquence.

- Avez-vous des questions ?

*_*

Pour connaître les règlements du Slam de poésie, cliquez.

Pour lire l'ensemble des chroniques « Le slam en questions », cliquez.

*_*

À noter :

1- Certaines consignes m’ont été transmises par Ivy de la Ligue québécoise de Slam (LiQS). Je l’ai chaque fois indiqué en la faisant suivre par l’acronyme [LiQS] entre crochet.
2- Je transmets d’habitude les consignes oralement, à partir d’un canevas. C’est ce canevas que j’ai adapté ici.
3- J'ai volontairement omis quelques-unes des consignes. À l'instar d'un chef cuisinier qui garde le secret au sujet de quelque ingrédient propre à sa recette, le slammestre partage certains détails exclusivement avec les spectateurs qui acceptent de jouer le rôle de juge.

samedi 9 mai 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Doit-on préserver l’innocence du jury ?


Rappelons d’abord que le Slam de poésie propose au public un cadre électrisant pour la poésie, dont la dynamique repose sur la compétition. De plus, cinq personnes choisies parmi les spectateurs se retrouvent impliqués dans le jeu, puisqu’elles décident du gagnant par l’entremise des points qu’elles octroient aux slameurs.

[Pour connaître les règlements du Slam de poésie, cliquez ici].


J’ai déjà traité de certaines questions relatives au jury lors de deux chroniques précédentes du Slam en questions. Nous avons vu dans « Le jury à la barre des accusés ! » qu’il est primordial de choisir un jury non spécialiste, voire néophyte, afin d’obtenir l’inversion sur le monde de la poésie qu'opère le Slam : les spectateurs sont les maîtres du jeu et non les poètes. Ensuite, dans « Aléatoire. Aléatoire comment, le jury ? », qu’il faut que les cinq membres du jury soient représentatifs de l’ensemble de l’auditoire présent à la soirée (et comment s’en assurer).

Le mot « innocent », dans le Petit Robert, comporte diverses acceptions. Notamment celles 1- d’être reconnu non coupable (après avoir été soupçonné) ; ainsi que 2- de faire preuve de candeur ou de naïveté (d’ignorer certaines réalités, disposant le sujet à se faire abuser) ; et, finalement, 3- d’être niais, idiot. Cette dernière s’avère particulièrement usitée au Québec.

Alors, doit-on préserver l’innocence des juges relativement à la poésie et à certains phénomènes propres à ce genre de spectacles ou bien, au contraire les préparer dans le but d’éclairer les jugements qu’ils porteront tout au long de la joute ?

Un Slam de poésie n’est pas une sorte de « concours d’Elvis », ni une version parlée et a capella de Star académie !
Peut-être davantage que les poètes – slameurs – , ce qui est en jeu dans un Slam de poésie, c’est la poésie elle-même.

Étant donné que nous prétendons que le Slam peut servir à rendre la poésie accessible à tous, il est préférable selon moi (et SLAM cap) de fournir les outils aux gens (à plus forte raison les juges) pour départir le côté show-business de celui de la poésie. Car, enfin, ne prenons pas les gens pour des innocents (idiots) et saisissons plutôt l’occasion ainsi accordée de les sensibiliser tant soi peu à la poésie ainsi qu’au contexte particulier où elle leur sera présentée…

Par ailleurs, il ne s’agit plus simplement d’assister à un spectacle de qualité. En s’impliquant personnellement, les membres du jury vivent une véritable expérience. La situation dans laquelle ils se trouvent dépasse largement le simple fait de donner des points. De façon tacite, ils sont évalués à leur tour par tous les autres, tout au long de la joute : tant par les slameurs que par les spectateurs qu’ils représentent.

Le cadre compétitif implique un enjeu, pour les slameurs qui se prêtent au jeu ; il dépend de la présence des spectateurs venus passés un bon moment et qui demeurent simplement témoins du jeu ; il exige l’implication de cinq spectateurs qui acceptent de jouer le rôle des juges ; et, finalement, il nécessite l’animation et l’arbitrage d’un slammestre, secondé par un juge de ligne (au chronomètre et au comptage des points), pour la bonne marche du jeu et voir au respect des règlements et procédures qui le définissent. De ce cadre, découle des rôles différents, occupés par les gens en présence, dans une grande mise au jeu. Avec l’effet d’une sorte de zoom avant sur nos relations interpersonnelles en société. Si le slammestre prend la peine d’avoir une petite rencontre avec les membres du jury, afin de les préparer à l’expérience qu’ils vont vivre, il est évident que celle-ci s’avèrera beaucoup plus profitable pour eux. Je l’ai écrit dans une chronique précédente : les juges sont d’abord des spectateurs venus pour avoir du plaisir, ne le leur gâchons pas.

Il se fait tard. Cette chronique commence à se faire longue aussi.
Il reste à voir, concrètement, de quelle façon pouvons-nous préparer les juges avant la joute. Dans la prochaine chronique je vous dévoilerai l’approche que nous avons développée pour SLAM cap, à Québec

Veuillez noter que la chronique Le slam en questions, à partir de questions concrètes relevant de la présentation de Slam de poésie, vise à transmettre des informations, tout en proposant des réflexions et en provoquant des débats. N’hésitez pas à nous écrire vos commentaires.

Pour lire la suite, cliquez.

lundi 27 avril 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Le Slam, par cœur ou dans la main ?

Contrairement à la croyance populaire, les slameurs ne sont nullement obligés d’apprendre par cœur les textes qu’ils slament. Aucun règlement ne stipule une telle contrainte et les règlements précisent même clairement que les slameurs peuvent tenir leur texte en main lors de leur prestation.*

À ce chapitre, il est primordial que le slammestre fasse preuve d’impartialité et n’affiche aucune préférence envers ces slameurs. En fait si, vraiment, livrer son texte de mémoire octroie un surplus qualitatif à la prestation, les juges ne manqueront de l’apprécier d’autant et de lui accorder un pointage en conséquence. Inutile, donc, de pénaliser doublement les autres.

En la matière, le règlement du Slam de poésie fait à nouveau preuve de sagesse.

Nous sommes en présence de poésie et non de contes, ou de stand up comic, où l’improvisation sur canevas serait la bienvenue. En Slam de poésie, l’improvisation est prohibée et peut entraîner jusqu’à la disqualification d’un slameur : le poème doit d’abord avoir été écrit. Malgré que le défi en Slam consiste à plaire et à séduire les spectateurs (dans le but avoué de gagner la partie), puisqu’il s’agit de poésie, il importe également de proposer des créations audacieuses et innovatrices quant à la forme.

Le recours à la rime et au compte des syllabes, à ce titre, n’est pas anodin : ces deux procédés remontent à des temps immémoriaux, à l’époque de la naissance de la culture humaine, qui précède l’invention de l’écriture où tout se transmettait oralement, où tout était conservé dans le ciboulot… On devait avoir recours à divers trucs mnémoniques, dont la rime et le rythme syllabique.**

Ainsi, si les slameurs étaient tenus de connaître leurs textes par cœur, on risquerait fort de « formater » les matchs, à celui de Grand Corps Malade. Qu’ai-je dit ? Clarifions : je n’ai rien contre GCM – ma mère l’aime bien –, mais le jour où les Slams de poésie ne se résumeront plus qu’à la succession de textes rimés, il n’y aura plus ni invention, ni poésie.

Confrères slammestres et spectateurs, ayons le cœur dans la main, car il est primordial que, entre les lignes de départ et d’arrivée, l’on accorde la même chance à tous les coureurs, sans croc-en-jambe, ni jambette…

*[Pour connaître les règlements du Slam de poésie : rendez vous à notre liste de Tags (colonne de droite du blogue). Puis, vous cliquez sur « Règlements - Slam de poésie ».
Si vous désirez vous rappeler un peu plus en détail les motivations (historiques) du Slam de poésie, vous pouvez retourner aux 2 numéros précédents de notre chronique « Le Slam en questions », en vous rendant dans la même liste de Tags pour cliquer sur « Le Slam en questions ».]

** [Je développe davantage sur l'historique de la poésie et l'usage de la rime ainsi que de son implication, dans la préface de SLAM MA MUSE - anthologie de la poésie slamée à Québec, éditions Cornac, 2008. Pour + d'infos, voir la pub dans la colonne de droite du blogue.]


samedi 18 avril 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Aléatoire. Aléatoire comment, le jury ?


Le Slam de poésie n’est pas un genre de poésie, ni même une forme ou un style…
Nous l’avons vu précédemment, le slam est un cadre, qui présente la poésie – et qui pose les poètes – dans une situation inusitée : la compétition.

Et celle-ci ne repose pas sur des textes envoyés par la poste et que liront des juges dans la tranquillité de leur foyer. Mais plutôt sur la prestation qu’on en fait, avec la fébrilité de la scène devant public. Qui plus est, le slameur n’est pas jugé par des pairs ou des spécialistes, mais par un jury constitué de gens spécialement puisés dans la salle pour représenter le public.

Le bon coup qu’a réservé à la poésie l’inventeur du Slam, Marc Smith (dans la seconde moitié des années 1980), consiste à prêter aux soirées de poésie le contexte des concours artistiques populaires – comme l’a fait pour le théâtre la Ligue Nationale d’Improvisation, quelques années auparavant.

Toute la magie du Slam repose sur cette inversion : le maître du jeu n’est plus le poète s’imposant à un public qui, pour ne pas se faire traiter d’ignare, doit chercher à « percer » son œuvre ; en Slam de poésie, c’est le public qui est maître et le poète doit lui présenter une poésie vivante, chercher à lui plaire, si ce n’est à le toucher, l’émouvoir, le provoquer ou le troubler.

Ainsi, la voix est accordée aux poètes, mais c’est au public qu’appartient le vote ! Voilà un des éléments essentiels à l’apport du Slam de poésie. Et qu’il faut préserver. On l’a vu dans la chronique précédente, un vote de la part de tous les spectateurs devient lourd à porter. En Slam on a vite choisi l’option de recourir à un jury formé de 5 personnes pour représenter le public.

On dit généralement en Slam que les membres du jury sont choisis aléatoirement. Mais il y a aléatoire et aléatoire. Si l’on souhaite appliquer un « aléatoire méthodique », on organisera carrément un tirage. Mais ça deviendrait assez lourd étant donné que les gens doivent être libres d’accepter ou non d’être juge et qu’ils devront être disponibles tout au long du match. Ou encore, on peut préférer laisser couler un aléatoire du « aller au plus simple et vite », ce qui risque d’orienter fortement la formation du jury, de le marginaliser, et de s’éloigner du but visé : représenter les spectateurs présents.

Aléatoire pour aléatoire, personnellement j’ai préféré, ici à Québec, proposer aux juges de ligne (au pointage et chronomètre) de constituer un jury qui soit représentatif de la variété qu’on retrouve chez les spectateurs. Un public légèrement majoritaire en bas de 35 ans ? Il y en aura donc trois dans le jury. Les deux autres auront 35 et plus. Des hommes des femmes… Nous prenons parfois un couple, ou deux amis venus ensemble, mais pas plus, afin d’éviter trop d’homogénéité.
Par ailleurs, n’oublions pas que les gens qui consentent à se prêter au rôle de juge font partie des spectateurs : ils sont venus pour avoir du plaisir, alors il ne faut pas le leur gâcher.

[Pour connaître les règlements par lesquels se définit le Slam de poésie, cliquez.]


Pour lire la suite, cliquez.

jeudi 2 avril 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Le jury à la barre des accusés ! (?... – !)

D’abord rappelons que :
1- un Slam de poésie est une partie mettant en jeu des slameurs qui font compétition afin d’obtenir la faveur du jury formé de 5 personnes choisies parmi les spectateurs ;
2- à la fin de la partie, il y a un gagnant.
[Pour connaître les règlements par lesquels se définit le Slam de poésie, cliquez.]

Ce qui a animé le fondateur du Poetry Slam, Marc Smith* (à Chicago dans la seconde moitié des années 1980), c’est la volonté de dynamiser les soirées de poésie, afin de donner goût à la poésie à toute une portion de la population dont elle s’était aliénée. (Site de Marc Smith)

Je dirais plus simplement qu’il avait constaté que, à la tendance qu’avait la poésie à devenir de plus en plus hermétique – à force de recherche de fond –, s’adjoignait un certain laxisme de la part d’un nombre imposant de poètes dans la livraison orale et scénique de leur travail.

Prenons note : aussi hermétique pouvait être la poésie de Claude Gauvreau, par exemple, il ne se contentait pas de la mâchouiller en se tenant trop loin du micro lorsqu’il la disait. Il s’était préparé, il était concentré et il était bien présent sur scène.

Donc l’idée de métamorphoser ces soirées de « lectures » de poésie en de véritables matchs – avec des règles établies et des points qui sont de surcroît octroyés par le public –, s’est avérée hautement gagnante.

De fait, la dynamique est non seulement modifiée, mais elle se retrouve littéralement inversée : le maître n’est plus le poète s’imposant à un public qui, pour ne pas se faire traiter d’ignare, doit chercher à « percer » son œuvre ; en Slam de poésie, c’est le public qui est maître et le poète doit lui présenter une poésie vivante, chercher à lui plaire, si ce n’est à le toucher, l’émouvoir, le provoquer ou le troubler.

Si au départ l’ensemble des spectateurs participait au pointage des poètes et bénéficiait d’un peu trop de latitude, le principe d’un jury formé de cinq personnes choisies parmi les spectateurs pour les représenter, s’est imposé…

Pour faire image, je dirais qu’il n’y avait pas non plus intérêt à ce que ces soirées se transforment en « Gong Show », où l’on expulsait les participants à la chaîne, pour se délecter de leur humiliation… L’idée, visait à présenter la poésie oralement, et dans ses meilleurs atours, afin de créer une situation générant l’enthousiasme à son sujet.

Voilà pour ce qui préside à la naissance puis à la présentation du Slam de poésie. Maintenant…

J’entends parfois des commentaires de la part de slameurs au sujet des jurys, à l’effet qu’on préférerait avoir des personnes qualifiées pour accorder les points plutôt qu’un échantillon choisi aléatoirement pour représenter l’ensemble des spectateurs présents. Certains avancent le compromis de deux ou un seul juge permanent, qui revient chaque mois.

Je sais aussi que quelques-uns tentent l’expérience avec des juges disons plus « pertinents » (diraient-ils ?). Ils peuvent baptiser leur activité du nom qu’ils veulent, ils ne pourraient pas, s’ils maintiennent cette particularité, participer à la ligue québécoise, canadienne, américaine, française ou internationale, de slam.

L’essence même du « Poetry Slam », qu’on appelle ici « Slam de poésie », consiste à soumettre les poètes aux goûts populaires, ceux des spectateurs venus assistés à la joute. Vous vous souvenez, l’inversion dont je parlais plus haut : les spectateurs deviennent les maîtres. Que le jury soit formé par des gens sélectionnés parmi les spectateurs pour les représenter s’avère être le strict minimum.

Et ne parlons pas de l’effet de « clique » qu’entraîne indubitablement le fait de sélectionner – à la va-vite comme on peut – les juges parmi une « élite » de nos connaissances. Petit train-train chao-tidien. C’est immanquable, énéoué.

En ce qui a trait à la façon de choisir les juges et de les préparer, c’est une ou deux autres histoires… À venir.

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dimanche 15 mars 2009

Le Slam en questions

Le Slam chez Robert
Chronique d’un slammestre
Par André Marceau

Oui, c’est arrivé : dans l’édition 2009 du Nouveau Petit Robert on trouve une entrée au mot « slam » ! Le mot a, de la sorte, gravi quelques échelons dans l’échelle de la reconnaissance académique… Et cela, conjointement au phénomène social lui-même.

Voici la définition donnée par le dictionnaire à l’anglicisme dûment introduit dans la langue :

« Forme d’art oratoire consistant à déclamer de manière très libre des textes poétiques. Tournoi de slam. – n. Slameur, euse. ».

Le tournoi est mentionné, mais de façon secondaire, subalterne à la définition qu’impose, par le biais de sa popularité, toute une vague de rappeurs qui s’ignorent.

C’est dommage, car le dictionnaire accorde préséance au dérivé d’une pratique qui s’était pourtant instaurée en France depuis plusieurs années déjà : le Slam de poésie. Ce dernier est une importation du « Poetry Slam », créé au milieu des années 1980 par Mark Smith à Chicago, qui se répandit par la suite partout aux É-U.

Au Slam de poésie (Poetry Slam), les poètes sont disposés dans une situation inusitée : la compétition. En effet, 5 personnes choisies dans l’assistance octroient un pointage à chaque slameur. La partie se déroule en deux manches et à la fin il y a un gagnant ou une gagnante. Au bout de la saison régulière, on regroupe les gagnants de toutes les parties afin de les confronter aux demi-finales. Les huit slameurs qui y obtiennent le meilleur score se qualifient pour concourir à la finale régionale. Le tout trouve sa conclusion dans la finale nationale.

Au Québec, bien que le Slam ait été popularisé par des français (justement parmi ceux qui ont détourné le mot, avec Grand corps malade en tête), une ligue du Slam de poésie a été créée (la LiQS) et quelques organisations présentent les tournois dans leurs régions respectives : Montréal, Québec, Outaouais et Sherbrooke, puis Lanaudière… Montréal et Québec en sont à leur troisième année.

Et à Québec, la saison régulière se terminera bientôt, il ne reste plus que les matchs du 16 mars et du 20 avril, puis débuteront les demi-finales.

Le contexte compétitif imposé à la poésie oralement transmise, modifie radicalement la dynamique qui s’instaure autour de la poésie et des poètes. D’un côté le public, d’un autre côté les slameurs, et d’un autre encore les juges choisis parmi le public et, finalement, les officiels du jeu (slammestre et juge de ligne), autant d’éléments mis en relation, avec pour les poètes un enjeu à la clé, soit celui de l’emporter. Tout cela, évidemment, s’avère des plus propices à provoquer des situations riches en émotions, en rire et en plaisir.

Si vous désirez connaître les règlements d’un Slam de poésie, cliquez.