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jeudi 28 avril 2011

Une saison en slam...

En quoi consiste une saison en slam ? Comment se déroulent les éliminatoires ? Comment désigne-t-on ceux et celles qui y participent ?

Bulletin d’un slammestre,
André Marceau

Si nous avons déjà publié sur ce blog des informations utiles :

comme les règlements du Slam de poésie ;

et concernant le déroulement d’un slam de poésie ;

ainsi qu’à propos du jury : combien de membres, comment on les choisit etc,

nous n’avons toujours pas publié de texte pour expliciter ce qui constitue une saison régulière, comment on procède aux éliminatoires et comment on peut se qualifier pour participer à ces dernières.

Saison régulière
La saison régulière d’une équipe (pour que celle-ci soit admise au sein d’une ligue), doit compter au minimum 6 slams de poésie (6 matchs complets), impliquant chacun au moins 6 joueurs. D’autres règles entrent en compte, mais nous en avons déjà parlé et elles s'avèrent peu pertinentes au présent propos.

Les gagnants de chaque slam se retrouvent aux éliminatoires, bien sûr, mais également tous les slameurs parmi ceux qui ont obtenu les meilleurs scores durant la saison régulière y seront convoqués. Les éliminatoires nécessitent un minimum de 12 participants

Éliminatoires
D’abord 2 demi-finales, mettant chacune en concurrence la moitié des slameurs qui se sont mérités les meilleurs scores en saison régulière.

À chacun des 2 matchs des demi-finales, 4 ou 5 slameurs se qualifient pour la finale régionale.

Un slam de poésie, lors des demi-finales, se déroule exactement comme en saison régulière.

La finale régionale consiste en un match mettant en jeu les 8 à 10 slameurs qui ont obtenu les meilleurs pointages aux demi-finales. Le match de la finale se déroule de la même manière qu’en saison régulière.

Cependant une restriction rigoureuse tient quant au choix des textes : les slameurs participants au match de la finale, n’ont pas le droit de répéter des textes, ni même un seul texte déjà présenté aux demi-finales.

Ensuite ?
À l’issue de la finale, les 4 meilleurs scoreurs iront représenter Québec à la finale nationale, le Grand Slam, à Montréal. Le 5ème est invité comme réserviste et/ou coach.

lundi 14 décembre 2009

Le déroulement d’un slam de poésie

Bulletin d’un slammestre,
André Marceau

Le présent texte pourrait être utile à quiconque voudrait organiser des slams de poésie dans son coin de pays. Mais aussi aux curieux qui prévoient assister à un match prochainement et voudraient en connaître les us auparavant.

On le sait, le slam exploite la vaine orale de la poésie (et du conte, de l’humour, etc.). Mais de la poésie transmise oralement, il en existe depuis les débuts de l’humanité… c’est que, faut-il le rappeler, la poésie est née dans la parole, avant même que l’écriture ne soit inventée.

Et cela n’en faisait pas du slam pour autant !

Non, la particularité première du slam de poésie, celle qui l’a fait naître, c’est le cadre de présentation singulier auquel se plient les poètes en jeu : il s’agit d’une partie, en bonne et due forme, avec des règlements, des juges (le public) qui octroient les points aux joueurs, des maîtres du jeu (slammestre et juge de ligne), ainsi qu’un gagnant (ou une gagnante) en conclusion.


Les ingrédients du jeu…

- Les slameurs : il en faut au moins six préalablement inscrits à la joute (ce n’est pas un micro ouvert), jusqu’à concurrence de douze (le nombre maximal de joueurs).

- Un slammestre (ou slammaster, ou animateur, ou maître de cérémonie), qui voit au bon déroulement de la partie, à son animation et qui veille au respect des règlements et procédures.

- Un juge de ligne (ou chronomestre, chronomaître, vérificateur). Son rôle consiste à tenir le chronométrage de chaque prestation et à compter les points accordés à chaque slameur. Également à additionner et à comparer les scores totaux, afin de désigner le gagnant. Par ailleurs, il veille à soustraire les points aux slameurs auxquels doit s’appliquer une pénalité (pour dépassement de temps ou autre règlement).
Pour connaître avec précision les règlements du slam de poésie, cliquez.

- Les juges : il en faut cinq, sélectionnés la soirée même parmi les spectateurs. Idéalement, des personnes qui ne connaissent aucun slameur en jeu et qui n’ont jamais assistées à un slam de poésie. Les juges doivent pouvoir assister au match jusqu’à la fin et octroyer les pointages à chacun des slameurs tout au long.Les points s’échelonnent de 0 à 10 et les fractionnements (ex : 8,9) sont possibles. Généralement on offre une légère compensation à ceux et celles qui acceptent le défi d’être juge, sous forme de consommations gratuites ou de livres, etc.
Pour en connaître plus à propos de la sélection des juges et de la façon de les
« préparer », cliquez.

- Cinq supports à pointage, pour les juges. Évidemment, il faut que les juges puissent indiquer aisément et rapidement, les scores qu’ils accordent aux slameurs. Un tableau avec le crayon compatible, ou encore un rouleau avec les chiffres déjà inscrits… À vous de développer votre support idéal.

- Un chronomètre et une calculatrice, évidemment.

- À noter que les slams de poésie se déroulant en général dans des cafés, des restaurants ou des bars et que le but majeur est d’attirer beaucoup de monde, il faut prévoir un système d’amplification, au moins un micro, etc.


Le déroulement…

Avant la partie, sélectionner les cinq juges.

Une partie se déroule en deux manches. À la première, tous les slameurs inscrits exécutent une prestation (slam) de 3 minutes maximum.

Important, pour une question d’équité envers tous les slameurs : l’ordre de passage doit être déterminé par le hasard (tirage au sort). Vous pouvez le faire avant la partie (de préférence devant les slameurs) ou au fur et à mesure de la partie au vu et au su de tous (spectateurs et slameurs).

- Au début de la partie : brève présentation des règlements du slam de poésie et des slameurs de la soirée et autres annonces utiles

- Le slam sacrifice (ou slam sacrifié). Un slameur a été préalablement invité à exécuter le slam sacrifice. Ça peut être aussi le slammestre. Les juges lui accordent des points et ceux-ci seront compilés par le juge de ligne qui l’aura chronométré. On lui applique les pénalités s’il enfreint aux règles, comme on le fera aux slameurs qui participent au slam de poésie. Mais le slam sacrifice (et son slameur) ne participent pas au jeu. C’est ce qui en fait un sacrifice. Le slam sacrifice comporte plusieurs utilités, le principal réside dans le test qu’il permet aux juges de faire, sans que ça compte.

Ainsi va la partie :
Le slammestre présente le slameur dont s’est le tour (désigné par le hasard) ; il fait son slam ; le slammestre le relaye au micro pour demander au jury son verdict ; le juge de ligne notifie le tout ; le slammestre invite le prochain (désigné par hasard) de venir faire son slam… ainsi de suite jusqu’à ce que tous les slameurs inscrits aient slamé.

On fait entracte. Le juge de ligne, compile les résultats et les compare. Il identifie les cinq slameurs qui ont obtenu les plus hauts scores : c’est eux qui participeront à la deuxième manche.

L’ordre de passage des cinq slameurs qualifiés pour la deuxième manche est l’inverse de la première.

Comme en première manche les slameurs se succèdent et le slammestre voit à l’ensemble des procédures et à l’animation. Tandis que le juge de ligne compile les résultats de chacun.

À la fin du match, le juge de ligne compile tous les résultats et les compare afin d’établir celui qui a obtenu le plus haut score, ainsi que les second et troisième, au cumul des deux manches.

Finalement, on annonce les résultats et on remet un prix au slameur gagnant.

Fin du Slam de poésie.

mercredi 4 novembre 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Peut-on chanter ?

Une autre question qu’on me pose souvent et, ce, tant du côté des spectateurs, que de celui des slameurs (et de ceux qui entretiendraient des velléités à prendre part au jeu)…

La présente chronique sera brève. Puisque, à ce sujet, je n’aurai pas besoin de développer une argumentation très élaborée pour répondre à la question. La réponse tient dans le règlement (no 5) lui-même du Slam de poésie, dont voici un extrait.

Car bien qu’aucun accessoire ou usage des mains et des pieds pour faire un rythme ou de la musique ne soit permis :
« Avec votre voix, vous pouvez faire à peu près n’importe quoi : beat box, chant, cris, murmures, psalmodies, berceuses, onomatopées, cris d’animaux […] ».
Pour accéder à la liste complète des règlements, cliquez.

Il est donc officiellement et clairement établi qu’on peut chanter lors d’un Slam de poésie. Mais ce doit être fait aca pella, aucune forme d’accompagnement n’est tolérée, uniquement la voix. Rappelons, qu’ici, le slameur ne peut non plus demander au public de battre la mesure en tapant des mains ou des pieds. [Pour lire notre chronique précédente à ce sujet, cliquez.]


Le texte, la bouche et la voix demeurent les vedettes exclusives du show.


Prochain slam de poésie à
Québec dans le cadre de la LiQS :

Lundi 16 novembre
Café-bar l’Agitée
,
251, rue Dorchester

Ouverture des portes : 20h00
Entrée : 5 $

Un slam de poésie hors série au
Musée National des beaux arts du Québec :

Vendredi 13 novembre
Ouverture des portes : 20h00
Entrée libre.
Ce slam portera exceptionnellement sur une thématique : le sentiment amoureux ou l’emportement amoureux.

Suivez le blog pour la suite des informations.

lundi 8 juin 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau


Top chrono, oui,
mais à partir de quand ?



L’une des règles fondamentales au Slam de poésie, on l’a déjà dit, concerne la durée de la prestation, celle-ci ne devant pas excéder les trois minutes, sous peine de pénalité.

On accorde dix secondes de grâce aux slameurs, de sorte qu’aucune sanction n’est appliquée jusqu’à trois minutes dix secondes. Après, un demi point est soustrait au score du slameur pour chaque dix secondes supplémentaire. Par exemple, un excès à quatre min. dix sec. représente une perte de trois points pour le slameur, ce qui s’avère fatal quant à ses velléités de marquer dans la joute. À cinq minutes, le joueur est carrément disqualifié.

Eu égard à l’importance du temps, il est impératif que le même traitement soit réservé à chaque slameur. Il faut enclencher et stopper le chronomètre aux mêmes moments pour tous les joueurs et avoir été au préalable clair à ce sujet avec eux.

À noter que la durée limitée (idéalement) à trois minutes, n’est pas innocente. Celle-ci impose un rythme dynamique permettant de contrecarrer certains effets négatifs inhérents à ce type de soirées qui reposent exclusivement sur la parole, la voix et les mots.

On ne doit pas évidemment actionner le chrono dès que le slameur monte sur scène, il faut au moins lui accorder le temps de bien s’installer afin de slamer dans les meilleures conditions possibles. C’est-à-dire d’ajuster le micro à sa hauteur – ou à le prendre en main – et se positionner pour assurer un éclairage suffisant sur ses feuilles s’il doit le lire.


Une fois installé, un slameur peut éprouver le désir de présenter son texte, c'est-à-dire de le mettre en contexte ou de raconter ce qui l’a amené à l’écrire, etc. Une alternative se présente donc à la personne qui tient le chronomètre : 1- ou bien elle le laisse faire son introduction et elle ne compte qu’à partir du début de son slam proprement dit ; 2- ou alors elle le chronomètre dès le premier mot prononcé.
La première option peut sembler cool, comme on dit, mais elle n’est ni juste, ni justifiée pour autant. Voyons, voir

La première option n’est pas juste car elle induit un flou élastique, laissant place à l’arbitraire et au favoritisme quant à la notion de durée limite. Le résultat final, c’est que tous auront bientôt envie de profiter de ce bonus de temps. Et elle est injustifiée puisque les règles du Slam limitent à trois minutes justement pour assurer le dynamisme que je mentionnais plus haut. Ensuite, les mises en contexte de ce genre contribuent à ces longueurs souvent reprochées aux soirées de poésie, ce que tend précisément à éliminer le Slam de poésie.

Ainsi, pour ses slams de poésie, à Québec, SLAM cap préconise la seconde option : le temps du slameur est compté dès qu’il prononce son premier mot, fut-il « bonsoir ».

[Vous avez accès aux règlements du Slam de poésie dans la colonne droite du blogue]

dimanche 17 mai 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

En quoi et comment « préparer » le jury ?


Tel que promis dans la précédente chronique du Slam en questions, je vous dévoile ici l’approche que j’ai développée pour SLAM cap en ce qui a trait aux consignes livrées aux membres du jury.



Entendu que le jury change à chaque joute, puisqu’il est composé de cinq spectateurs choisis dans l’assistance, le slammestre doit répéter les consignes à chaque nouvelle partie. Deux voies se présentent alors à lui, il peut transmettre les informations :
1- De façon individuelle, lors de leur recrutement. Ce qui, selon moi, comporte quelques inconvénients de taille. Ce procédé individualisé oblige à schématiser les consignes d’une part et, d’autre part, entraîne inévitablement quelques inégalités, d’un juge à l’autre, quant à la quantité et à la qualité des informations diffusées. Si le slammestre concède 2 minutes d’explications à chaque juge, cela représente en moyenne 10 minutes.
2- De façon collective, c’est-à-dire qu’on réunit les membres du jury, en aparté, afin de leur divulguer les consignes tous ensemble. Le tout dure de 5 à 10 minutes (selon les questions et interventions de chacun). D’aucuns y voient l’inconvénient que cela a pour effet de séparer ces cinq personnes de leurs amis respectifs durant quelques minutes.

Personnellement, je préfère la deuxième option. À mon avis, l’inconvénient qu’on lui impute relève d’une crainte non fondée. Au contraire, le fait de réunir ces spectateurs (qui partageront la responsabilité du jugement des slameurs), dans un lieu à part durant quelques minutes, constitue en soi un acte de reconnaissance quant à l’importance du rôle qu’ils tiendront dans le jeu et, du coup, lui confère une certaine officialité, ce qui n’est pas sans déplaire à ceux-là même qui ont accepté de se prêter au jeu. Il s’agit de demeurer bref et d’éviter d’être envahissant. Notamment, il faut que, tout au long du match, les juges puissent se retrouver assis avec leurs amis.

Consignes au jury

- Vous êtes là pour le plaisir, on ne veut pas vous le gâcher.

- C’est pourquoi on ne vous demandera pas de vous baser sur une grille d’analyse savante… vous êtes là à titre d'échantillon du public (représentatif)…[Liqs]

- Donnez les points en fonction du plaisir que vous éprouvez personnellement (coup de cœur). Essayez d’évaluer ce que vaudrait, en terme de points, votre enthousiasme à applaudir (plus ou moins fort).

- Évaluer chaque slameur sur une échelle de 0 à 10 pts. L’usage des fractions est encouragé (8,2 ; ou 7,9 ; ou 9,5 ; etc.) [LiQS]

- Ne vous laissez pas influencer par les autres (public et autres juges). [LiQS]

- Essayez d’être conséquent dans les points que vous donnez…
Une tendance est remarquable dans le monde du spectacle : plus la soirée avance, plus les spectateurs sont réchauffés et apprécient. Lors d’une joute où des points sont attribués, c’est une réalité cruelle qui pénalise les premiers slameurs et profitent aux derniers. C’est pourquoi on détermine au hasard l’ordre de passage. Mais en étant conscient de ce phénomène, vous pouvez tenter de relativiser les pointages que vous donnez. [LiQS]

- Le public aura tendance à réagir aux scores que vous donnez s'il les juge trop bas. Je vous recommande de considérer le pointage à 6, comme celui à accorder au plus mauvais poème, suivant votre appréciation. Par ailleurs, évitez de donner une note parfaite, comme le 10. Et si quelqu'un après arrive avec une prestation que vous estimez meilleure encore ?

- Si le public réagi fortement en fonction de votre échelle des points et que vous avez envie de vous adapter, ne changez pas d'échelle en cours de manche. Ce serait injuste pour les slameurs qui ont été évalués sous votre première échelle. Attendez à la seconde manche, vous pourrez repartir en suivant une nouvelle échelle. [LiQS]

- Ne prenez pas en considération les règlements du slam de poésie (durée, accessoires, costumes, etc)… Mesurez simplement votre plaisir. Les officiels (slammestre et juge de ligne) s’occupent d’appliquer les pénalités prévues sur le pointage que vous donnez…

- Ne prenez pas en considération des éléments externes… Exemple, n’ajoutez pas (ou n’enlevez pas) de points en fonction que le slameur ait appris ou non son texte par cœur. Ça ne doit pas être considéré comme élément à part, c’est-à-dire que si cela octroie un surplus qualitatif à la prestation, vous ne manquerez pas de l’apprécier d’autant et de lui accorder un pointage en conséquence.

- Avez-vous des questions ?

*_*

Pour connaître les règlements du Slam de poésie, cliquez.

Pour lire l'ensemble des chroniques « Le slam en questions », cliquez.

*_*

À noter :

1- Certaines consignes m’ont été transmises par Ivy de la Ligue québécoise de Slam (LiQS). Je l’ai chaque fois indiqué en la faisant suivre par l’acronyme [LiQS] entre crochet.
2- Je transmets d’habitude les consignes oralement, à partir d’un canevas. C’est ce canevas que j’ai adapté ici.
3- J'ai volontairement omis quelques-unes des consignes. À l'instar d'un chef cuisinier qui garde le secret au sujet de quelque ingrédient propre à sa recette, le slammestre partage certains détails exclusivement avec les spectateurs qui acceptent de jouer le rôle de juge.

samedi 9 mai 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Doit-on préserver l’innocence du jury ?


Rappelons d’abord que le Slam de poésie propose au public un cadre électrisant pour la poésie, dont la dynamique repose sur la compétition. De plus, cinq personnes choisies parmi les spectateurs se retrouvent impliqués dans le jeu, puisqu’elles décident du gagnant par l’entremise des points qu’elles octroient aux slameurs.

[Pour connaître les règlements du Slam de poésie, cliquez ici].


J’ai déjà traité de certaines questions relatives au jury lors de deux chroniques précédentes du Slam en questions. Nous avons vu dans « Le jury à la barre des accusés ! » qu’il est primordial de choisir un jury non spécialiste, voire néophyte, afin d’obtenir l’inversion sur le monde de la poésie qu'opère le Slam : les spectateurs sont les maîtres du jeu et non les poètes. Ensuite, dans « Aléatoire. Aléatoire comment, le jury ? », qu’il faut que les cinq membres du jury soient représentatifs de l’ensemble de l’auditoire présent à la soirée (et comment s’en assurer).

Le mot « innocent », dans le Petit Robert, comporte diverses acceptions. Notamment celles 1- d’être reconnu non coupable (après avoir été soupçonné) ; ainsi que 2- de faire preuve de candeur ou de naïveté (d’ignorer certaines réalités, disposant le sujet à se faire abuser) ; et, finalement, 3- d’être niais, idiot. Cette dernière s’avère particulièrement usitée au Québec.

Alors, doit-on préserver l’innocence des juges relativement à la poésie et à certains phénomènes propres à ce genre de spectacles ou bien, au contraire les préparer dans le but d’éclairer les jugements qu’ils porteront tout au long de la joute ?

Un Slam de poésie n’est pas une sorte de « concours d’Elvis », ni une version parlée et a capella de Star académie !
Peut-être davantage que les poètes – slameurs – , ce qui est en jeu dans un Slam de poésie, c’est la poésie elle-même.

Étant donné que nous prétendons que le Slam peut servir à rendre la poésie accessible à tous, il est préférable selon moi (et SLAM cap) de fournir les outils aux gens (à plus forte raison les juges) pour départir le côté show-business de celui de la poésie. Car, enfin, ne prenons pas les gens pour des innocents (idiots) et saisissons plutôt l’occasion ainsi accordée de les sensibiliser tant soi peu à la poésie ainsi qu’au contexte particulier où elle leur sera présentée…

Par ailleurs, il ne s’agit plus simplement d’assister à un spectacle de qualité. En s’impliquant personnellement, les membres du jury vivent une véritable expérience. La situation dans laquelle ils se trouvent dépasse largement le simple fait de donner des points. De façon tacite, ils sont évalués à leur tour par tous les autres, tout au long de la joute : tant par les slameurs que par les spectateurs qu’ils représentent.

Le cadre compétitif implique un enjeu, pour les slameurs qui se prêtent au jeu ; il dépend de la présence des spectateurs venus passés un bon moment et qui demeurent simplement témoins du jeu ; il exige l’implication de cinq spectateurs qui acceptent de jouer le rôle des juges ; et, finalement, il nécessite l’animation et l’arbitrage d’un slammestre, secondé par un juge de ligne (au chronomètre et au comptage des points), pour la bonne marche du jeu et voir au respect des règlements et procédures qui le définissent. De ce cadre, découle des rôles différents, occupés par les gens en présence, dans une grande mise au jeu. Avec l’effet d’une sorte de zoom avant sur nos relations interpersonnelles en société. Si le slammestre prend la peine d’avoir une petite rencontre avec les membres du jury, afin de les préparer à l’expérience qu’ils vont vivre, il est évident que celle-ci s’avèrera beaucoup plus profitable pour eux. Je l’ai écrit dans une chronique précédente : les juges sont d’abord des spectateurs venus pour avoir du plaisir, ne le leur gâchons pas.

Il se fait tard. Cette chronique commence à se faire longue aussi.
Il reste à voir, concrètement, de quelle façon pouvons-nous préparer les juges avant la joute. Dans la prochaine chronique je vous dévoilerai l’approche que nous avons développée pour SLAM cap, à Québec

Veuillez noter que la chronique Le slam en questions, à partir de questions concrètes relevant de la présentation de Slam de poésie, vise à transmettre des informations, tout en proposant des réflexions et en provoquant des débats. N’hésitez pas à nous écrire vos commentaires.

Pour lire la suite, cliquez.

samedi 18 avril 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Aléatoire. Aléatoire comment, le jury ?


Le Slam de poésie n’est pas un genre de poésie, ni même une forme ou un style…
Nous l’avons vu précédemment, le slam est un cadre, qui présente la poésie – et qui pose les poètes – dans une situation inusitée : la compétition.

Et celle-ci ne repose pas sur des textes envoyés par la poste et que liront des juges dans la tranquillité de leur foyer. Mais plutôt sur la prestation qu’on en fait, avec la fébrilité de la scène devant public. Qui plus est, le slameur n’est pas jugé par des pairs ou des spécialistes, mais par un jury constitué de gens spécialement puisés dans la salle pour représenter le public.

Le bon coup qu’a réservé à la poésie l’inventeur du Slam, Marc Smith (dans la seconde moitié des années 1980), consiste à prêter aux soirées de poésie le contexte des concours artistiques populaires – comme l’a fait pour le théâtre la Ligue Nationale d’Improvisation, quelques années auparavant.

Toute la magie du Slam repose sur cette inversion : le maître du jeu n’est plus le poète s’imposant à un public qui, pour ne pas se faire traiter d’ignare, doit chercher à « percer » son œuvre ; en Slam de poésie, c’est le public qui est maître et le poète doit lui présenter une poésie vivante, chercher à lui plaire, si ce n’est à le toucher, l’émouvoir, le provoquer ou le troubler.

Ainsi, la voix est accordée aux poètes, mais c’est au public qu’appartient le vote ! Voilà un des éléments essentiels à l’apport du Slam de poésie. Et qu’il faut préserver. On l’a vu dans la chronique précédente, un vote de la part de tous les spectateurs devient lourd à porter. En Slam on a vite choisi l’option de recourir à un jury formé de 5 personnes pour représenter le public.

On dit généralement en Slam que les membres du jury sont choisis aléatoirement. Mais il y a aléatoire et aléatoire. Si l’on souhaite appliquer un « aléatoire méthodique », on organisera carrément un tirage. Mais ça deviendrait assez lourd étant donné que les gens doivent être libres d’accepter ou non d’être juge et qu’ils devront être disponibles tout au long du match. Ou encore, on peut préférer laisser couler un aléatoire du « aller au plus simple et vite », ce qui risque d’orienter fortement la formation du jury, de le marginaliser, et de s’éloigner du but visé : représenter les spectateurs présents.

Aléatoire pour aléatoire, personnellement j’ai préféré, ici à Québec, proposer aux juges de ligne (au pointage et chronomètre) de constituer un jury qui soit représentatif de la variété qu’on retrouve chez les spectateurs. Un public légèrement majoritaire en bas de 35 ans ? Il y en aura donc trois dans le jury. Les deux autres auront 35 et plus. Des hommes des femmes… Nous prenons parfois un couple, ou deux amis venus ensemble, mais pas plus, afin d’éviter trop d’homogénéité.
Par ailleurs, n’oublions pas que les gens qui consentent à se prêter au rôle de juge font partie des spectateurs : ils sont venus pour avoir du plaisir, alors il ne faut pas le leur gâcher.

[Pour connaître les règlements par lesquels se définit le Slam de poésie, cliquez.]


Pour lire la suite, cliquez.

jeudi 2 avril 2009

Le Slam en questions

Chronique d’un slammestre
André Marceau

Le jury à la barre des accusés ! (?... – !)

D’abord rappelons que :
1- un Slam de poésie est une partie mettant en jeu des slameurs qui font compétition afin d’obtenir la faveur du jury formé de 5 personnes choisies parmi les spectateurs ;
2- à la fin de la partie, il y a un gagnant.
[Pour connaître les règlements par lesquels se définit le Slam de poésie, cliquez.]

Ce qui a animé le fondateur du Poetry Slam, Marc Smith* (à Chicago dans la seconde moitié des années 1980), c’est la volonté de dynamiser les soirées de poésie, afin de donner goût à la poésie à toute une portion de la population dont elle s’était aliénée. (Site de Marc Smith)

Je dirais plus simplement qu’il avait constaté que, à la tendance qu’avait la poésie à devenir de plus en plus hermétique – à force de recherche de fond –, s’adjoignait un certain laxisme de la part d’un nombre imposant de poètes dans la livraison orale et scénique de leur travail.

Prenons note : aussi hermétique pouvait être la poésie de Claude Gauvreau, par exemple, il ne se contentait pas de la mâchouiller en se tenant trop loin du micro lorsqu’il la disait. Il s’était préparé, il était concentré et il était bien présent sur scène.

Donc l’idée de métamorphoser ces soirées de « lectures » de poésie en de véritables matchs – avec des règles établies et des points qui sont de surcroît octroyés par le public –, s’est avérée hautement gagnante.

De fait, la dynamique est non seulement modifiée, mais elle se retrouve littéralement inversée : le maître n’est plus le poète s’imposant à un public qui, pour ne pas se faire traiter d’ignare, doit chercher à « percer » son œuvre ; en Slam de poésie, c’est le public qui est maître et le poète doit lui présenter une poésie vivante, chercher à lui plaire, si ce n’est à le toucher, l’émouvoir, le provoquer ou le troubler.

Si au départ l’ensemble des spectateurs participait au pointage des poètes et bénéficiait d’un peu trop de latitude, le principe d’un jury formé de cinq personnes choisies parmi les spectateurs pour les représenter, s’est imposé…

Pour faire image, je dirais qu’il n’y avait pas non plus intérêt à ce que ces soirées se transforment en « Gong Show », où l’on expulsait les participants à la chaîne, pour se délecter de leur humiliation… L’idée, visait à présenter la poésie oralement, et dans ses meilleurs atours, afin de créer une situation générant l’enthousiasme à son sujet.

Voilà pour ce qui préside à la naissance puis à la présentation du Slam de poésie. Maintenant…

J’entends parfois des commentaires de la part de slameurs au sujet des jurys, à l’effet qu’on préférerait avoir des personnes qualifiées pour accorder les points plutôt qu’un échantillon choisi aléatoirement pour représenter l’ensemble des spectateurs présents. Certains avancent le compromis de deux ou un seul juge permanent, qui revient chaque mois.

Je sais aussi que quelques-uns tentent l’expérience avec des juges disons plus « pertinents » (diraient-ils ?). Ils peuvent baptiser leur activité du nom qu’ils veulent, ils ne pourraient pas, s’ils maintiennent cette particularité, participer à la ligue québécoise, canadienne, américaine, française ou internationale, de slam.

L’essence même du « Poetry Slam », qu’on appelle ici « Slam de poésie », consiste à soumettre les poètes aux goûts populaires, ceux des spectateurs venus assistés à la joute. Vous vous souvenez, l’inversion dont je parlais plus haut : les spectateurs deviennent les maîtres. Que le jury soit formé par des gens sélectionnés parmi les spectateurs pour les représenter s’avère être le strict minimum.

Et ne parlons pas de l’effet de « clique » qu’entraîne indubitablement le fait de sélectionner – à la va-vite comme on peut – les juges parmi une « élite » de nos connaissances. Petit train-train chao-tidien. C’est immanquable, énéoué.

En ce qui a trait à la façon de choisir les juges et de les préparer, c’est une ou deux autres histoires… À venir.

Pour lire la suite, cliquez.

dimanche 25 janvier 2009

Les règles du Slam de poésie

Bulletin d’un slammestre
Par André Marceau

Un Slam de poésie est avant tout un jeu. Une partie de plaisir grâce, à cause, malgré – et parfois même au détriment de – la poésie. Et, par définition, un jeu comporte des règles auxquelles les joueurs doivent se prêter. Par exemple, les joueurs de hockey ne remettent pas en question les règles de leur jeu… Lorsqu’ils contestent, c’est plutôt parce qu’un arbitre n’a pas appliqué les règles.

Les règlements que je vous transmets ici sont ceux que remet SLAM cap à tous ses slameurs, à Québec. Il s’agit de notre adaptation des règlements que nous avait remis Ivy, avant même la naissance de la LiQS. Il les avait lui-même adapté des ligues du Canada anglais ou de la France.

Évidemment, comme les règlements sont exprimés à travers des mots, ils sont sujets à diverses interprétations, sur lesquelles beaucoup reste à délibérer. Afin d'atteindre la plus grande clarté, chaque section (ville) peut en adapter la formulation. Mais malgré les différences possibles dans leur formulation, les règlements demeurent les mêmes : il faut jouer le même jeu afin de permettre d’éventuelles joutes entre sections, puis entre ligues (canadienne, française, etc.).

Pour un lecteur externe (qui n’organise pas de tels matchs) qui désire s’approprier les règlements, rien de mieux que d’en discuter à fond et, surtout, d’en voir les implications concrètes lors d’un vrai Slam de poésie.

Je vous invite à m’écrire vos commentaires et questions relatifs aux règlements, il me fera plaisir d’y répondre.


LES RÈGLES D’UN SLAM DE POÉSIE

(Afin d’alléger le texte, nous n’avons employé que le genre masculin des mots, mais ces mots désignent des personnes tant du sexe féminin que du sexe masculin).

1- Puisque vous pourriez participer à la deuxième ronde, préparez DEUX textes poétiques. Vos poèmes ou ce qui s’en rapproche, doivent être ORIGINAUX, c’est-à-dire que vous en êtes l’auteur et doivent être en FRANÇAIS – argot, joual, citations (même en langue étrangère), courtes phrases en langue étrangère, lettrisme, exploréen, poésie sonore, patois, québécisme, etc. sont toutefois acceptés.

2- Vous pouvez dire vos textes avec ou sans les textes en main. Mais en cas de doute, quant à l’originalité (voir 1) ou à la présence d’improvisation (voir 3), nous pourrons vous demander une copie du texte pour vérification. Veuillez donc prévoir d’apporter vos textes même si vous les connaissez par coeur.

3- Un Slam de poésie n’est pas un match d’improvisation, c’est pourquoi l’improvisation est prohibée.

4- Vos textes n’excèdent pas 3 minutes. Vous bénéficiez d’un 10 sec de grâce. Après, vous subirez une pénalité de ½ point (sur le total de vos points) pour chaque 10 secondes excédentaires. Au-delà de 5 minutes, vous êtes disqualifié.

5- Vous n’avez droit à rien d’autre pendant votre prestation que votre voix. En effet, AUCUN ACCESSOIRE N’EST AUTORISÉ, autre que les feuilles, ça va de soi. Pas de musique, ni pieds rythmant la mesure, ni mains tapant les poches ou ailleurs pour la remplacer. Non plus, aucun costume ou déguisement ne seront tolérés sous peine extrême de disqualification. Vous pouvez bien sûr bouger, même de manière étudiée, mais rien qui ne remplace la parole et la voix pour donner sens ou sons. Évidemment aucune trame sonore (cassette ou disque diffusé) ne pourra intervenir d’aucune façon. L’utilisation d’accessoire disqualifie automatiquement le slameur. Avec votre voix, toutefois, vous pouvez faire à peu près n’importe quoi : beat box, chant, cris, murmures, psalmodies, berceuses, onomatopées, cris d’animaux, sifflements, etc. À RETENIR : qu’il soit lu, interprété (dramatisé ou chanté) ou encore performé, le texte, la bouche et la voix sont les vedettes du « show ».

6- Un jury (dont les 5 membres ont été choisis au hasard dans le public) jugera votre prestation en lui attribuant une note de 0.0 à 10. Les 5 slameurs qui obtiendront le meilleur score passeront à la seconde ronde. Les points des deux manches sont comptabilisés pour déterminer le gagnant. Ce dernier participera aux éliminatoires locales, afin de déterminer les slameurs qui participeront aux finales provinciales. Notez que le gagnant ne peut participer à nouveau en saison régulière.

7- L’ordre de passage des slameurs est déterminé au hasard, par tirage au sort des noms.