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mercredi 18 septembre 2013

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Mireille Gagné

Mireille Gagné est née en 1982 à l'Îles-aux-Grues et vit maintenant à Québec. Elle a étudié en communications à l'Université de Sherbrooke et travaille comme responsable des communications au Conseil supérieur de la langue française. Elle a publié en 2010 aux Éditions l’Hexagone le recueil de poésie Les oies ne peuvent pas nous dire dont une version préliminaire avait été finaliste du Prix littéraire de Radio-Canada - Poésie (2008). Elle a également publié en 2010 le recueil de nouvelles Noirceur et autres couleurs aux Éditions Trampoline. Deux des nouvelles de ce recueil lui avaient donné les titres de lauréate du Prix Brèves littéraires (2006) et gagnante du Prix international du jeune écrivain francophone (2005). Mireille Gagné participe à plusieurs événements littéraires et multidisciplinaires à Québec depuis 2009. Pour elle, la création prend forme sous les ongles et derrière les yeux.

Dernier recueil publié : Les oies ne peuvent pas nous dire, Éditions L’Hexagone, 2010, 72 pages. Une mention préliminaire de ce recueil a été finaliste du Prix Radio-Canada – Poésie.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Mireille Gagné a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

1) … je n’ai pas l’oreille musicale. Bien que mes textes aient une rythmique qui m’est propre, ils ne suivent pas la vague attendue du slam. La rythmique de ma poésie s’apparente davantage à celle de la nouvelle.

2) … mon processus de création est plutôt lent. J’observe d’abord l’émotion à l’état sauvage. Je l’imprègne de la nature qui m’entoure. Ensuite, j’arrive à la dompter en mettant de l’ordre dans les mots.

3) … je n’ai jamais tenté le procédé. Cela ne veut pas dire que l’intérêt n’y est pas.

Extraits de Les oies ne peuvent pas nous dire
par Mireille Gagné
Éditions L’Hexagone, 2010




À l’aube ma mère touche son ventre     le monde s’ouvre sous les draps     la terre déplie ses plaies     glisse son nombril     le soleil se lève     les oies ne l’entendent pas

(p. 13)



Je n’arrive pas doucement     cramponnée à l’hiver     ronge ma mère     ses battures     grimpée dans ses champs     je la sens qui se contracte     sous le contact des doigts      

(p. 14)



Les chiens dévorent la nuit     les ombres sont des cormorans et pincent la peau     sur l’oreiller les hommes chantent ivres morts     les coqs perdent le Nord     le froid fait craquer la maison     des petits clous explosent dans mon corps     pendant que je souffle l’hiver     ma mère neige par en dedans

(p. 17)



Le désert fissure     dépose ses armes contre la fenêtre     le visage et l’espoir blanchis     je tiens la ficelle du jour en équilibre     entre la mer et la peau du ciel     sous sa cage de plomb     le fleuve me manque

(p. 21)



- - - Extraits de Les oies ne peuvent pas nous dire, Éditions L’Hexagone, 2010.

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jeudi 22 août 2013

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Michèle Blanchet

Michèle Blanchet a terminé une maîtrise en philosophie, un baccalauréat en langue allemande et une maîtrise en psychologie à l’Université Laval. Elle a travaillé comme psychothérapeute et enseignante.

Elle se consacre maintenant à la poésie et participe à de nombreux récitals.

En 2004 elle obtient le premier prix d’excellence des Aînés dans le cadre du Festival international de poésie et en 2005 le prix Alphonse-Piché.

Elle est l’auteure ou coauteure des écrits suivants :
Mon petit Pop, récit, Libre Expression, 1981;
Le temps entrebaillé, collectif de poésie, édition à compte d’auteurs, 2004;
Poèmes du lendemain 14, Prix Piché, Écrits des Forges, 2005;
L’écrit primal, Université Laval, 2005;
Sous la lampe-tempête, Les éditions David, 2008;
Toucher l’eau et le ciel, collectif de haïkus, Les éditions David, 2008;
L’heure mauve, Les éditions David, 2010;
Visages de poésie, anthologie, Éditions Rafael de Surtis, France, 2011;
La revue Poésie,  Les éditions de l’Oésie, 2005 et 2012;
Exit, anthologie, Éditions Gaz moutarde, 2012.

Elle est membre de l’UNEQ.

Dernier recueil publié : L’heure mauve, Ottawa, Éditions David, 2010, 76 p.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Michèle Blanchet a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Si j’avais commencé jeune à écrire de la poésie, j’aurais eu plus de temps et de mémoire pour oser le slam. Au seuil de mes quatre-vingts ans, il est un peu tard.

J’aurais adoré slamer. C’est tout un art!

Extraits de Poèmes du lendemain 14, de Sous la lampe-tempête et de L’heure mauve
par Michèle Blanchet
Écrits des Forges, 2005 et éditions David, 2008 et 2010






Y a-t-il une autre nuit dans la nuit

une route cachée sous tes pas
à nos lèvres
quelque ruisseau occulte

mais voici le café
et des petits secret
à rompre comme le pain

sur la table insouciante
parmi cuillers et porcelaines
flâne un rien d’éternité

rumeurs d’une plus profonde soif

(Poèmes du lendemain 14, p. 15)





Il y a des poèmes
qui ne portent ni fleuve ni mer

aucun ruisseau n’y coule
pas même les larmes

mais parfois ils allument
une soif où veille un puits

(Sous la lampe-tempête, p. 59)




J’ai mis le matin debout
avec ses arômes de café
et de croissants chauds

qu’importe
si la neige tombe
comme une lettre déchirée

(L’heure mauve, p. 16)




- - - Extraits de Poèmes du lendemain 14, Prix Piché, Écrits des Forges, 2005, de Sous la lampe-tempête, Les éditions David, 2008 et de L’heure mauve, Les éditions David, 2010.

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jeudi 25 juillet 2013

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Dominic Deschênes

Dominic Deschênes est né en 1976 à Québec, où il vit toujours. Diplômé de l’Université Laval en littérature, il a complété une maîtrise en 2003. Maintenant libraire de profession, il est également poète, essayiste, musicien et directeur des Éditions du Sablier. Il est l’auteur de trois recueils de poésie, dont Le silence de l'attente, publié à Paris aux Éditions L'Harmattan et lauréat du Prix de la Francophonie 2006 de la ville alsacienne de Molsheim. Certains de ses poèmes ont été traduits en anglais et en japonais.
Crédit photo : Anneli Lukka

Dernier recueil publié : Le silence de l’attente, Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, 61 p. (Prix de la Francophonie 2006 de la Ville de Molsheim). 

Autres publications :
D’ambre et de fleurs / Kohaku to hana to (renga), Québec, Éditions du Sablier, collection « Sépia », n° 3, 2006, 72 p. (en collaboration avec Marie Sunahara).
Reste ce que l'on perd (poésie), Québec, Éditions du Sablier, collection « Sépia », n° 1, 2003, 57 p. (2e édition 2010).

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Dominic Deschênes a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

La poésie que j’écris est davantage faite pour être lue que pour être « performée » ; même si je la présente fréquemment lors de lectures publiques, le livre demeure son lieu naturel. Je n’éprouve pas de difficulté particulière avec la mémorisation ou la déclamation, mais je n’ai jamais été très doué pour écrire des poèmes auxquels les jeux de mots et les figures sonores conféreraient le rythme et la musicalité caractéristiques des textes slamés. C’est une situation un peu paradoxale pour moi, qui suis également musicien. À propos, j’ajouterais qu’avec le temps, le livre est devenu un élément quasi essentiel à mes prestations poétiques, comme l’est également ma guitare lorsque je chante en public. J’aime avoir l’impression que ma voix fait jaillir les mots du livre ouvert et les souffle jusqu’aux oreilles des spectateurs.


Extraits de Le silence de l’attente et de Reste ce que l'on perd
par Dominic Deschênes 
Éditions L’Harmattan, 2008 et Éditions du Sablier, 2003




Le temps d’une cigarette
Tenue entre nos quatre doigts
Nos âmes se sont effleurées

C’était avant que tu t’envoles
Sur une voiture de fumée
Et que tu ailles semer tes braises
Dans la paille d’un autre cœur

Dès lors je garde en moi
Toute la puissance de l’eau
Derrière une digue de papier

(Le silence de l’attente, p.18)









Après la perte devenue nécessaire
Quittant la brisure de nos chemins
Je prends le risque de franchir
Un océan de pierre
Pour repêcher mes souvenirs lanternes
Du plus profond des eaux fossiles
Et me tenir debout
Dans une lumière nouvelle
L'âme intacte
Le cœur balafré

(Le silence de l’attente, p. 31)







On a beau s’aveugler à fixer une chandelle au bout d’un tunnel imbibé de nuit, on a beau mourir au bout de son sang sans en perdre une goutte, ou encore s’enfoncer dans un désert de sable scarifié jusqu’à ce que le ciel boive notre âme en pièces, il y a toujours cette petite voix qui nous serine que le temps est une plante pour chaque rose, dans l’espoir de nous tirer des profondeurs endorphines.

Mais la fenêtre de la raison reste obstinément close, et l’on se rendort dans sa conscience de vieille pierre.

(Reste ce que l'on perd, p. 31)




- - - Extraits de Le silence de l’attente, Paris, Éditions L’Harmattan, 2008, 61 p. (Prix de la Francophonie 2006 de la Ville de Molsheim) et de Reste ce que l'on perd (poésie), Québec, Éditions du Sablier, collection « Sépia », n° 1, 2003, 57 p. (2e édition 2010).

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jeudi 20 juin 2013

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Anne Peyrouse

Docteure en littérature, enseignante en création littéraire à l'Université Laval au département des Lettres, directrice littéraire (poésie) aux éditions Cornac, Anne Peyrouse a publié cinq recueils de poèmes et deux recueils de nouvelles qui se sont mérité plusieurs prix. Elle a également fait paraître deux anthologies sur le slam : Slam ma muse 1 et Slam ma muse 2 (celle-ci se consacre à la voix des slameuses du Québec), également une anthologie sur la poésie amoureuse et une autre sur la poésie humoristique. Passagers de la tourmente est son dernier livre publié. Après l’écriture d’un recueil de poèmes inspiré par la danse : Grand jeté d’encre, elle écrit actuellement un texte poétique sur l’itinérance.

Dernier recueil publié : Sables d'enfance, Éditions Cornac, Québec, 2008. 

Publications récentes :
Passagers de la tourmente (nouvelles), Éditions Hamac, Québec, 2013.
Slam ma muse 2 (anthologie), Éditions Cornac, Québec, 2013.

Site de l’auteure : http://www.annepeyrouse.com


À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Anne Peyrouse a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Je n’ai jamais fait de slam parce que le slam est une joute poétique sur scène et je suis plutôt mal à l’aise dans ce genre de situation. Je n’ai pas envie de me sentir trembler à l’extrême. Alors je reste admirative, attentive devant ceux et celles qui se lancent dans cette joute. Ils sont et elles sont pour moi des troubadours et des trobairitz que j’admire.

Ils/elles font lever la poésie, ils/elles la donnent dans une grande force de diction et de caractère. Ils/elles l’ouvrent. Ils/elles la mettent sur scène et nous montrent qu’il n’y a pas que la chanson qui la porte bien. Je suis pour le slam, même si je ressens parfois ses dangers et certaines de ses facilités. C’est une porte poétique où se reflètent bien des possibles. Et en tant que créatrice, je savoure les possibles.

Merci à tous et à toutes les slameurs et les slameuses!


Quelques extraits de Grand jeté d’encre
recueil inédit




Comme si les danseurs voulaient prendre la parole et théâtraliser le vertige des âmes, comme si le vent portait tant d’effluves et de cris, comme si le regard humain refusait sa prison de fer, s’impose une décalcomanie de l’être dansant et du spectateur assis.

Il existe une palpitation, puis un survoltage épileptique où aucun mot n’est tu. L’écriture danse et pas un désir n’est retenu. Aucune amputation des membres ; tout bouge.

Un séisme nous emporte.




Un danseur se déshabille et s’écartèle comme un édifice sans pudeur.

Je le regarde encore et encore, encore et encore, pour le trouver et le ressentir — ses membres solides fiertés enjambent mes morts, ils ont la beauté inflexible du temps. Ils brisent les sédiments qui recouvrent les vieilles villes et les voyages jamais réalisés.

Ils mènent à d’autres villes et Orient Express, je pars alors à la pointe des orteils ou sur l’arrondi des épaules ou sur les paupières fermées, ouvertes, luisantes, réfléchissant la chorégraphie. Je découvre d’autres villes et planètes au beau milieu du ventre plat. Je pars sur le dragon ou l’aigle de la poitrine tatouée et sous les douleurs d’une droiture du dos qui ne demande qu’à éclater.

Avec toi, danseur, je rencontre d’autres lieux à l’ombre des hanches et des fesses. L’intimité est suave.

L’homme dénude son torse.




Danseur, tu repousses les limites du vide. Il n’y a plus de retenue quand ton cœur bat sur le mien. S’exécute alors, dans les coins et recoins, dans les rues et ruelles du monde, hors des urnes et sur scène, l’alphabet du flexible. J’écris le grand jeté du bassin et du torse. Naissance...

Danseur, tu vas puiser au sol l’amplitude d’un courant d’air. Tu joues sur tant d’horizons vacants — à connaître, à habiter, à investir. Comment rejoindre l’ouverture ? Tu portes l’humain et l’humain te soutient ; tant de mouvements brusques et d’efforts échangés réveillent nos os, nos saisons et les grands héros mythiques. Tant de gens en si peu d’espace, tant de mondes en si peu de temps, tant de gestes en si peu de mots et aucune guerre et aucune haine et aucune césure d’humanité. Tant de miroirs rappellent la tenue de la main et du buste à nous-mêmes, à nos enfants et à nos reflets de personnages. Liberté...




Danseur, la vie te mène à éparpiller nos traces.




- - - Extraits de Grand jeté d’encre, recueil inédit.
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jeudi 23 mai 2013

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Louise Desjardins

Louise Desjardins, originaire de Rouyn-Noranda, a publié de nombreux recueils de poésie, dont La 2e Avenue (Hexagone, 1995), Silencieux Lassos (Écrits des forges, 2004) et Ni vu ni connu (La courte échelle, 2002), lequel lui a valu le sceau argent du prix du livre Monsieur Christie 2002. Romancière également, elle a publié cinq romans, entre autres So long (Boréal, 2005) et Rapide-Danseur (Boréal, 2012). Elle est aussi l’auteure de la biographie de Pauline Julien (Leméac, 1999), d’un recueil de nouvelles, Cœurs braisés (Boréal, 2001), d’un récit, Momo et Loulou (Remue-Ménage, 2004), et de la traduction de deux recueils de poésie de Margaret Atwood. Certaines de ses œuvres ont été traduites en anglais, en espagnol et en arabe.

Louise Desjardins détient une maîtrise en littérature comparée de l’Université de Sherbrooke et elle a longtemps enseigné la littérature au niveau collégial. En plus d’être membre à vie du Conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue, elle a fait partie de différents conseils d’administration (CALQ, UNEQ, Association des traducteurs littéraires du Canada, Camp littéraire Félix).

À l’automne 2013, elle séjournera à Buenos Aires grâce à une bourse de résidence d’écriture offerte conjointement par le CALQ et le ministère de la Culture de l’Argentine.

Dernier recueil publié : Silencieux lassos, Écrits des Forges, 2004, 74 pages. Traduit en espagnol par Silvia Pratt, édition bilingue : Silenciosos lazos, Mantis Editores, 2009, 131 p.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Louise Desjardins a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.


Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Je n’ai jamais fait de slam parce que je n’aime pas les rimes, le comptage de pieds, les contraintes de tout ordre, et surtout parce que je suis nulle en mémorisation et encore plus en improvisation. Je cherche quand même à dire tout ce que je veux, tout ce que je sens, ce qui, une fois étalé en mots dans un carnet ou sur un écran, prend des formes diverses, inattendues, exploratoires, imprenables, douteuses, aléatoires, et avec lesquelles je joue presque à l’infini. En couchant mes lettres sur la page, je meurs un peu à chaque mot que je dorlote avant de le serrer près du cœur. Et il m’arrive de les lire en public, ces poèmes. Tels quels.


Quelques extraits d’un recueil en devenir 



Plaza Saint-Hubert
avec ma mère
devant les boutiques
enguirlandées
à longueur d’année
Des robes strapless
de mères de mariée
des bagues de fiançailles
des flûtes de plastique
des plateaux stainless
des culottes mangeables
des souliers jackés

les yeux cernés
une jeune femme
en parka de duvet
pousse la poussette
lèche les vitrines
pleines de promesses
Le bébé s’égosille
la morve au nez
Elle aurait dû y penser avant
dit ma mère




Au souk du Caire

parmi les fichus
rose bonbon
pailletés d’or
on voit des tchadors
proliférer à vue d’œil
tourner au noir niqab
cagoules de désir mâle
devenir burqas
bleuir dans l’âme
des femmes comme moi

Une voix d’Oum Kalsoum
déchirante
traverse le couloir bigarré
appelle à sa rescousse
Mariane Faithful
et Lucy Jordan
In a sport car
with a warm wind in her hair

Une femme au Caire
dans la place déserte
parmi les hommes dévoilés




On s’engouffre dans le métro
Berri-Uqam
et on s’agglutine malgré nous
comme dans Love me tender

Une voix mécanique
scande les stations
un incident
un ralentissement
pompent la sueur sous
les anoraks prévus
pour moins quarante Celsius

Un parfum d'Haïti
un foulard zapatiste
un poncho de Bolivie
se faufilent parmi les iPhones
de parfaits inconnus

Les portes grandes ouvertes
crachent une mère sur le quai
évacuant avec elle
ses rêves passagers



- - - Extraits d’un recueil en devenir.
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mercredi 17 avril 2013

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Alix Renaud

Alix Renaud est lauréat du prix Charles-Biddle 2007 et du prix de L'Institut canadien de Québec 2012. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages publiés au Québec et en France (poésie, romans, nouvelles et dictionnaires spécialisés), il a plusieurs fois représenté les écrivains du Québec à l'étranger. Il figure dans quelques anthologies et ouvrages de référence. Il est membre de l’Union des écrivains québécois et membre associé de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec.

Diseur, il se produit sur scène depuis les années 1970, au pays comme à l’étranger : récitals de poèmes et de chansons en français, créole, espagnol et italien. Il a enseigné la diction poétique (« art de dire ») à l’Université Laval et dirigé des ateliers de diction poétique. Ancien terminologue (linguiste) au Secrétariat d'État du Canada, il a également été conseiller littéraire auprès du ministère des Affaires culturelles du Québec (actuel ministère de la Culture et des Communications). Il a écrit pendant plusieurs années pour la radio FM de Radio-Canada (dramatiques et documentaires), en plus de collaborer à divers journaux et revues par des textes de création, de critique littéraire, de sociolinguistique, des études terminologiques, etc. De 1992 à 2013, il a été professeur d’expression orale au Collège radio-télévision de Québec (C.R.T.Q.). Il a réalisé et réalise encore des jeux linguistiques pour différents périodiques spécialisés : InfOpéra, Camping Caravaning, etc. Alix Renaud anime, depuis sa fondation, le Cercle littéraire Gabriel-Garciá-Márquez.

POUR LE PLAISIR DU TEXTE...

Dernier recueil publié : Chair bohème suivi de Dulcamara, Québec, Cornac, 2009, 136 pages.
Note critique : http://voir.ca/livres/2009/05/21/alix-renaud-chair-boheme-suivi-de-dulcamara/

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Alix Renaud a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Sans doute parce que je n'ai pas fini d'approfondir une manière personnelle de dire les textes, aussi bien mes poèmes que ceux des autres. Ainsi, après le récital Les poètes maudits que j'avais conçu et mis en scène le 26 juillet 1973 (La Résille, Université Laval), une journaliste se demandait si c'était une bonne idée de marier théâtre et poésie («Qui sont ces poètes maudits?» - Le Soleil, Québec, 28 juillet 1973)… Il faut croire que l'idée était dans l'air, puisque, quelques années plus tard, cette façon de dire s'est quelque peu généralisée, affublée d'un nom emprunté à l'anglais (performance). Bref, je continue d'explorer une voie différente, une sorte de route sans fin.


Grâces et quelques extraits de Chair bohème suivi de Dulcamara
par Alix Renaud
Éditions de l'Erbium, 1979 et Cornac, 2009


GRÂCES

Sois bénie femme ô femme
femme transfigurée
corps absolu
chair votive

Que soit bénie ta fièvre et béni le silence
où ton geste pieux
sème sur notre couche
des gerbes de clartés

Ton nom soit béni femme béni ce flanc
plus peuplé que l'enfer et le ciel accordés
car il est un autel
il est temple d'hier et temple de demain
et je vois tous les temps s'y perdre d'allégresse
quand j'aime et que tes flancs
ruissellent de bonheur

Sois bénie femme ô femme
femme transfigurée
corps absolu
chair votive

Et l'antre soit bénit où ma lèvre gourmande
fait monter de ta vie la houle des eaux lourdes
l'âcreté capiteuse d'étranges parfums
et ce long cri de bête
et ce râle ébloui

Sois bénie femme ô femme
femme transfigurée
corps absolu
chair votive

Et l'antre soit bénit où mon corps ébranlé
s'entête de plaisir au faîte de l'extase
que l'antre soit bénit où nos chairs confondues
conspirent ce vertige nôtre
zébré de spasmes fous complotant la brimbale qui
nous brisera femme ô femme transfigurée

Quand je devrai
au port d'un vieil âge éreinté
larguer les voiles pour ailleurs
femmes la couche humide où nous nous accueillîmes
encor tout imprégnée du parfum de vos nuits
qu'elle soit mon linceul
comme elle fut berceau de mes heures joyeuses

Sois bénie femme ô femme
femme transfigurée
corps absolu
chair votive

(Grâces)





TROIS HAÏKUS L’UN À L’AUTRE ENCHAÎNÉS

Voltes au soleil
sourires et jeunes filles
Émoi du printemps

Obligeantes fleurs
au gala des papillons
Adieu pucelage

Cœur trop impassible
au dernier mot d’un adieu
Une cage aux pleurs


(Chair bohème suivi de Dulcamara, p. 14)




- - -
Extraits de Grâces, poème de chevet (illustré d'une aquarelle de Marie Laberge), Québec, Éditions de l'Erbium, 1979 et de Chair bohème suivi de Dulcamara, Québec, Cornac, 2009.

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mardi 19 mars 2013

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Dominic Gagné

Dominic Gagné est né à LaTuque en 1977. À 17 ans, il est allé étudier la littérature à Québec, il est tombé en amour avec plusieurs filles et, surtout, avec la ville. Après 17 ans à Québec, il s’est exilé, à la fin 2012, à Saint-Louis-de-Gonzague (Les Etchemins), petit village de 400 habitants, pour se consacrer à l’écriture. Il a publié quatre recueils de poésie : Alejandra, parfois (Triptyque, 2013), L’intimité du désastre (Hexagone, 2005), Ce beau désordre de l’être (Hexagone, 2003) et Fragiles saisons à résoudre (Trois, 2002). Tant au Canada qu’à l’étranger, il a collaboré à plusieurs revues littéraires et a présenté un spectacle de poésie multimédia intitulé Elle, parfois. Il s’est mérité le 2e Prix littéraire Radio-Canada 2011, catégorie poésie, ainsi que le prix de la revue Brèves littéraires à deux reprises. On peut lire ses « Carnets de résonance », journal d’écriture et de lecture, dans les pages de la revue Estuaire.

Dernier recueil publié : Alejandra, parfois, Triptyque, 2013, 65 pages.


À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Dominic Gagné a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Je n'ai jamais fait de slam parce que je suis un homme de peu de mots. Mon laconisme ne conviendrait pas à la joute oratoire. Je préfère travailler lentement. Au compte-gouttes. Dans l'ombre. J'ai aussi du mal à m'imaginer la poésie comme une épreuve sportive, une compétition où s'affrontent des poètes, des pugilistes du verbe. Si la poésie est un sport de combat, elle en est un qui oppose le poète à la langue et au silence. Et ce n'est jamais le poète qui l'emporte.


Quelques extraits de Alejandra, parfois
par Dominic Gagné 
Éditions Triptyque, 2013


DEUXIÈME TENTATION

Accoudée à la fenêtre, elle regarde les fruits tomber des arbres comme des ogives, avec l'impression de perdre quelque chose, sans doute l'innocence ou la maladie – et si les deux n'étaient qu'une seule entité? – qui s'échappe vers un autre visage, à peine effleurée; une à une, les pommes touchent le sol; elle entend presque les hurlements, les déflagrations, elle recompose le drame qui joue en boucle dans sa gorge : aujourd'hui, ni bijou ni parfum, sa chair est un silence d'après-guerre.

(Alejandra, parfois, p. 17)





elle rêve de lutrins

d'instruments à voix
de laisser son empreinte
sur l'immobile

elle prend le temps
de se blesser
dans les guerres
et les livres des autres

dans quelle plaie
poser le prochain pas

(Alejandra, parfois, p. 19)






LES ORACLES
8.

Alejandra réécrira
certains silences

deux trois traits
à la pointe du couteau

(Alejandra, parfois, p. 60)



- - -
Extraits de Alejandra, parfois, Triptyque, 2013.

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mercredi 20 février 2013

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Jean-François Caron

Jean-François Caron est romancier (Rose Brouillard, le film et Nos échoueries) et poète (Des champs de mandragores et Vers-hurlements et barreaux de lit). En fiction comme en poésie, sa démarche s’inspire de l’oralité, du souffle, du rythme, des accents et des expressions.

Détenteur d'une maîtrise en études littéraires de l'Université du Québec à Chicoutimi (La deuxième personne en narration : identité et altérité), il a été responsable des communications et du développement des publics pour le Théâtre La Rubrique. Il est aussi rédacteur indépendant depuis 2005, ayant collaboré avec différentes publications traitant de culture – Voir, dont il a été rédacteur en chef de la section régionale Saguenay/Alma jusqu'en 2010, mais aussi Vie des arts et Le Sabord.

Aujourd'hui, il est rédacteur en chef de L'Unique, journal de l'Union des écrivaines et écrivains du Québec, et responsable de dossier pour la revue Lettres québécoises. Il contribue aussi à un blogue de correspondances littéraires (lescorrespondants.wordpress.com) et un carnet d'auteur (jeanfrancoiscaron.wordpress.com).

Dernier recueil publié : Vers-hurlements et barreaux de lit, éditions Trois-Pistoles, 2010, 95 pages, Prix Poésie du Salon du livre du Saguenay – Lac-Saint-Jean en 2011.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Jean-François Caron a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

je n’ai jamais fait de slam parce que… 
j’ai : toutes ces limites dans la tête
toutes ces limites et
toutes ces batailles et
toute cette mémoire qui faille

qui maille à l’endroit, se défait de l’envers
parce que j’ai : cette mémoire grise
qui ne prend son air d’aucune manière
qui ne prend l’air d’aucune couleur
qui brise le rail à suivre
c’est bête
je voudrais : suivre
(parfois)
je voudrais : arriver
bottes à cap pour le slam et poings qui frappent
sur les scènes de vos combats,
faire du bruit
faire de grands slams saisissants
que le texte frappe le bruit qu’il porte
mais j’ai le papier qui colle
aux doigts
le papier qui colle aux doigts
suis perpétuellement la bête affolée qui se frappe
la tête contre les murs blancs
de sa cellule de papier

c’est que : j’écris déjà sur le souffle
inspirant l’erre d’aller
j’écris : à voix haute et à tue-tête
dans l’écran des murmures opaques
j’écris : des envolées, des enveloppées
de papier gommant qui me colle au doigt
je suis : mouche grasse qui tourne
son vol autour des lumières
mais mouche grasse, je suis
qui reviens toujours
me coller au papier
je suis : mémoire louche, qui manque d’air
qui préfère lire, jouer, plier, échapper
le papier

le texte frappé d’encre qui porte
mes bruits de bête aux flancs gris
je suis : bête aux flancs de papier gris

je ne sais pas
surtout
je n’ai jamais fait de slam parce que…

je ne sais pas faire de slam


Poème extrait de Vers-hurlements et barreaux de lit
par Jean-François Caron 
Éditions Trois-Pistoles, 2010


quand t’es venu déjà rose
dégât de fil de prose
mon fils entre ses cuisses     toi mon frisé
mon brisé mon effort mon déformé
mon fils entre ses cuisses

puis

dans une bière de plexi déjà héros rouge momifié
petit chapeau de laine et toutes les mesures prises
premières douleurs et crise
et lumière vive
flash


puis mon branché mon fils mon enfilé mon fort
mon emmêlé gros loup parmi les meurtris
tes hurlements d’intouché quand
parcelle de moi percée tu me laisses sans voix
je suis hurlementeur de sourires devant les connaissances
ça va bien tout va bien ou je me tais

c’est ainsi qu’on m’a appris à me tenir debout devant le monde
ça va bien tout va bien ou je me tais
je suis bien de ce pays
et je t’enseigne à en être

puis moi ton affolé de père ton père dépareillé
ton mou ton oreiller
ton hey ton t’sais ton ouais ton oui-oui
ton qui-veut-pas-pleurer

puis sans relâche mon corps penché sur ton lit fond de tiroir ton lit fouillis de jeux inutiles

puis qu’on se berce qu’on se berce qu’on se berce
puis qu’on se dresse qu’on se dresse qu’on se dresse

si je me lève un jour ce sera un peu sur tes pieds

ensemble debout      dans le bip
des machines auxquelles tu es branché
ensemble debout      qu’on se tienne debout
qu’on se tienne debout – tous les deux sur tes pieds

puis alors mon emmêlé
« attends un peu – papa va essayer de te sortir de là »

mes gros doigts qui s’enfargent
le sourire de l’infirmière qui vient d’entrer
c’est madame France
ou l’autre madame France
ou madame Lucie comme ma mère ta grand-mère c’est drôle ça
madame Lucie

« attendez le papa je vais vous aider »
qu’elle dit

dans ton lit à barreaux
entre mes vers et tes hurlements
mon cœur brisé bien plus que le tien
ton père débris
c’est moi ça
les ruines et la poussière et la cendre et les débris
ton père débris qui se berce à côté
dans les ruines de sa tête sans drapeau
c’est moi ton hey ton t’sais ton ouais ton oui-oui
ton ça-va-aller
                       mais ton qui-veut-pas-pleurer

(Vers-hurlements et barreaux de lit, p. 21 à 25)


 - - -
Poème extrait de Vers-hurlements et barreaux de lit, éditions Trois-Pistoles, 2010.

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mercredi 23 janvier 2013

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Michel Blouin

Michel Blouin est peintre et poète. Originaire de l’Île d’Orléans, il a publié deux livres aux Écrits des Hautes-Terres : J’écris ciel comme sang (2007) et Survivant de la pleine lune (1999). Ses poèmes ont paru dans des revues québécoise et française. Il a participé à de nombreux récitals de poésie ainsi qu’à des spectacles rock où ses textes sont mis en musique par le duo Rage Musette, dont il est le fondateur. Ses poèmes ont aussi été interprétés par les finissants du Conservatoire d’art dramatique de Québec, lors du récital Le chant vient du dedans (2001).

Lors du lancement de son deuxième livre, son éditeur, Pierre Bernier, a déclaré : « Michel Blouin a une écriture unique, une voix et un ton personnels et il ne fait jamais dans la dentelle. Sa poésie est celle de la lucidité, de la révolte, de l'impudeur, mais aussi d'une immense tendresse. » Son premier livre, Survivant de la pleine lune, a été qualifié de « véritable coup de poing » lors de sa sortie par le critique Laurent Laplante.

Dernier recueil publié : J’écris ciel comme sang, Écrits des Hautes-Terres, 2007, 95 pages. Couverture : tableau de l’artiste.

Pour plus d’information : www.michelblouin.com.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Michel Blouin a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Je n’ai jamais fait de slam parce que le temps charrie des pages et des feuilles qui ne demandent qu’à être colorées.

Je suis poursuivi par ce temps.

Mes mots, en vieillissant, se changent en couleurs.


Quelques poèmes extraits de Survivant de la pleine lune et de J’écris ciel comme sang 
par Michel Blouin 
Écrits des Hautes-Terres, 1999 et 2007


Paroles d’enfants

Quand je vais être grande
Je veux être un chien
Pour que mon père me touche
Que ma mère s’occupe de moi

Mon nom sera Peyotl

(Survivant de la pleine lune, p. 33)



Le clochard et le soleil

Prouve-moi que tu existes
prouve-moi que tu existes la nuit
que ce n’est pas vrai la lune
qu’on ne voit rien
que l’ombre est somnifère de riche
que des hommes mangent à leur faim
que je n’ai pas froid au pied
que la foi donne
prouve-moi que j’existe
que je ne suis pas seul au monde
que je n’ai pas peur
que si je crie il y aura écho
prouve-moi que je ne suis pas
la résignation
dans ma prière
de dormir au chaud sans crainte
que ma folie est lumière
je n’ai plus d’empreintes à mes mains
mon visage nulle part
sans photo sans ombre
je n’ai plus de soleil
la nuit je ne crois plus en Dieu
la nuit je fais des feux
à faire fondre le fer

(Survivant de la pleine lune, p. 70-71)



Il tombe des meurtres de mon visage. Des instants de paysage. Je vais, couronné de lierre, franchir ma vie. Hadès rôde. Me saigne. Je l’aime. À chacun de ses coups, je sombre en moi. J’aurais voulu l’entendre dire : « Viens! viens ici, l’Icare, tu t’es perdu. » Mais rien. Rien que le bruit du fer sur ma peau. Les gens qui passent.

(J’écris ciel comme sang, p. 69) 



Soleil
je te lève
ma peau

donne-moi
à boire
le lait sombre
des nègres lunes

(J’écris ciel comme sang, p. 52)


 - - -
Poèmes extraits de Survivant de la pleine lune, Écrits des Hautes-Terres, 1999 et de J’écris ciel comme sang, Écrits des Hautes-Terres, 2007.

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jeudi 22 novembre 2012

Il n'a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque
d'après une idée originale de André Marceau

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Charles Sagalane

Charles Sagalane explore en poésie. Ses outils se nomment crayon, plumes, bâton de parole, photographies, objets et installations in situ. Ses écrits imbriquent fragments, narration, dialogues, vers libres et formes fixes. Il travaille actuellement à un vaste édifice poétique, le musée moi, dont témoignent trois recueils publiés aux éditions La Peuplade.

L’auteur invite les lecteurs à découvrir ses livres et participer à ses projets d’écriture en visitant son site internet interactif : www.sagalane.com.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Charles Sagalane a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Je ne peux pas dire que je déclame.
Et c’est bien rare que je rime.
J’ai dans les mots une part intime qui voudrait qu’on murmure.
La force des projecteurs me gêne et je voudrais me tenir en voix dans le noir, pour toute lueur le visage en chandelle de chaque auditeur.
Je suis fait pour le cercle, un bâton de paroles à la main, et qui circule, plutôt que la plongée droite, frontale et ascendante de la scène.
Je suis un simple cueilleur.
Je ne suis pas un slameur.


Quelques poèmes extraits de 29 carnet des indes, de 68 cabinet de curiosités et de 51 antichambre de la galerie des peintres 
par Charles Sagalane 
Éditions La Peuplade, 2006, 2009 et 2011




si je savais danser les mots,

si mes pas, mes gestes, les traits de
mon visage avaient tous une voix,

si mon corps était mon propos, mes
vers, une chair, et mes lignes, des
frissons sur ma peau



l’ennui ne serait que des pas,
l’allégresse de savants gestes des bras,

et la colère, le museau que l’on remue
un certain nombre de fois

comme le tigre ou le chat

(29 carnet des indes, p. 159-160)








ouïr le rythme entremêlé de pénis
pelvis et voix

source mystérieuse j’en conviens que
tout amour brûlé contient






   (Ses cuissards de feutre et de laine
de brebis épousaient ses tatouages de
conteuse.)

   (De même que la fine blouse qu’elle
portait.)




   (Soie sauvage brodée d’un passepoil
vermeil, de même étoffe que ses
paroles.)

   (Dont il serait inexact de dire qu’elles
ont fondu.)



car il n’y a pas d’ordre de temps
vraiment

outre l’égratignure de ces choses-là

(68 cabinet de curiosités, « la demoiselle de glace », extraits, p. 107-110)




quiet ce qui est         cheveu à cheveu





un œil joli        et c’est celui qui louche


d’un émail                             insistant





le temps      sur la palette de tes dents


(51 antichambre de la galerie des peintres, « chuck close », extraits, p. 117-118)


 - - -
Poèmes extraits de 29 carnet des indes, La Peuplade, 2006, de 68 cabinet de curiosités, Éditions La Peuplade, 2009 et de 51 antichambre de la galerie des peintres, Éditions La Peuplade, 2011

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vendredi 28 septembre 2012

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de André Marceau
avec la collaboration de Richard Sage et de Geneviève Lévesque

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée. 

Marie-Hélène Montpetit

Marie-Hélène Montpetit a publié deux recueils de poèmes, 40 singes-rubis et  
Dans le tabou des arbres aux éditions Triptyque. Elle a participé à de nombreuses lectures publiques et publié dans les revues Estuaire, Exit et Moebius. Elle a chanté, écrit et composé au sein du groupe de chanson-rock Marie et ses 4 maris et du groupe de création L’Hôtel du bout de la terre. Elle était de la tournée du spectacle de poésie Amériquoises conçu par Christine Germain.
- Photo : Marie-Hélène Montpetit aux Francofolies 2010 (photo par Marie-Charlotte Aubin).

Dernier recueil publié : Dans le tabou des arbres, éditions Triptyque, 2007, 54 pages.

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Marie-Hélène Montpetit a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

Quand j’avais dix-huit ans, le slam n’existait pas. Robert Gravel venait de fonder la ligue nationale d’improvisation, la LNI. Ça marchait fort. On reprenait la formule, on créait des équipes, on jouait dans les bars au sein d’une ligue de quartier, on s’exprimait comme ça. Ensuite, de mon côté, j’ai fait de la chanson. Je composais sans instrument, à partir des mots; il en fallait beaucoup pour garder le rythme, empêcher que la mélodie ne tombe. Un animateur m’avait dit : On dirait du raï. J’ai pensé : oh, quel beau compliment! Un autre me disait : tes paroles déboulent, on dirait du rap. On jouait aussi dans les bars, on participait à des concours, on faisait beaucoup de spectacles, c’était fougueux! Mais un jour, j’en ai eu marre, je n’ai plus eu envie ni de scène, ni de podiums, ni de compromis ni d’être soumise, en direct, chaque soir, avec la peur au ventre, à l’appréciation du public, d’un jury, de critiques. Je me suis envolée en fumée. C’est pourquoi, je suis partie toute seule, un jour, de mon côté, avec mes feuilles, mon crayon mine. Je goûtais au silence, à la solitude, j’appréciais de n’avoir de comptes à rendre à personne, de vivre et d’écrire à mon rythme, de ne plus avoir à me mettre en scène, à plaire, jusqu’à l’épuisement, avec l’énergie du désespoir! Je pouvais prendre mon temps, revoir mes textes, plonger, explorer, ressentir, travailler à la structure du poème, vivre, «inventer», jouer, loin des exigences des uns et des autres, de leur regard.

Si j’étais née plus tard, j’aurais peut-être fait du slam, dont les règles, me font, peut-être à tort, penser à celles qui prévalent dans les concours de chanson.
Plus tard, j’ai aimé que le livre ait une vie propre, que je n’aie pas à le défendre bec et ongle, sur scène, pour qu’il existe; aimé qu’il vive sa vie sans moi.
Pourtant, j’adore la scène,
j’aime lire à voix haute, seule
ou accompagnée d’un ou d’une poète instrumentiste qui improvise à mes côtés.
Nous accomplissons alors parfois une sorte de vol plané, périlleux, lumineux,
qui nous met en joie
mais je n’ai plus envie d’être liée à un groupe
ni d’être évaluée par un jury après une lecture.
J’ai envie d’aller et de venir, à pas légers
et de sortir de scène comme j’y suis entrée,
émue d’avoir confié mon secret à l’oreille de quelqu’un.


Quelques poèmes 
extraits de 40 singes-rubis et de  
Dans le tabou des arbres
par Marie-Hélène Montpetit
Éditions Triptyque, 2002 et 2007



Le matin crie Heïdi dans le chalet du lit

Mon corps est un sofa
dont les coussins bayent aux corneilles

Dans la corbeille du sommeil
j’ai lavé cette nuit du linge sale de famille

Le matin en retour de labour
s’étire
à travers les sillons de ma carte du ciel

(40 singes-rubis, p. 17)



Je suis ta sœur par les mains
Je suis à toi par la taille
Je verse à l’abandon dans ta bouche
                         ma fièvre
L’été fait le lézard sur le sommier vapeur

Dans le moule calcaire de tes os
je rêve
et l’océan dévore de partout nos plaisances

(40 singes-rubis, p. 28)




Dans l’air enfumé de la pièce
je me rêve Lady
malgré l’oiseau avarié qui dort sous ma tignasse
et ces osselets qui dépassent de sous ma jupe
baby
quand je me couche par terre sur le linoléum
les yeux écarquillés
dans ma corolle mince de hanneton
usée à l’encolure

(Dans le tabou des arbres, p. 46)



 - - -
Poèmes extraits de 40 singes-rubis, éditions Triptyque, 2002, 54 pages
et de Dans le tabou des arbres, éditions Triptyque, 2007, 54 pages
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mercredi 22 août 2012

Elle n'a jamais fait de slam

Une chronique de André Marceau
avec la collaboration de Richard Sage et de Geneviève Lévesque

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée. 

Catherine Fortin

Poète et biologiste, Catherine Fortin a publié trois recueils de poésie aux Éditions du Noroît : Ainsi chavirent les banquises (1994), Le désarroi des rives (2000) et Le silence est une voie navigable. Elle habite maintenant la Côte-du-Sud, à Saint-Jean-Port-Joli, où elle est née en 1948. Depuis 1996, elle a participé à de nombreuses lectures publiques, a contribué à des périodiques au Québec et en France, et certains de ses poèmes ont paru dans des anthologies.

Dernier titre paru : Le silence est une voie navigable, Éditions du Noroît, 2007, 75 pp.

Mentions : Finaliste au Prix Desjardins/Salon du livre de Québec en 1995 pour : Ainsi chavirent les banquises. Finaliste au prix du Gouverneur général en 2007 pour : Le silence est une voie navigable. Prix Aubert-de-Gaspé, Salon du livre de la Côte-du-Sud, en 2011, pour l'ensemble de son œuvre littéraire.


À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », Catherine Fortin a rédigé un court texte pour nous expliquer pourquoi elle n’a jamais participé à un slam de poésie.

 Je n’ai jamais fait de slam parce que : 

— parce que je me compte parmi
« les va-nu-pieds les vauriens […]
ceux qui ne veulent ni gagner ni perdre
mais s'en aller acquittés exonérés
toujours plus près du silence ».
— parce que, par nature, les règles, je les fuis. Autant que faire se peut, j'évite la compétition et la hiérarchie qui en résulte.
— parce que je suis entrée en poésie par l'écrit et que les livres font toujours partie de mon «matériel de survie». Si j'écris maintenant autant pour être entendue que lue, j'ai été longue à apprivoiser la lecture en public.
— parce que j'aime qu'en tout temps et en tous lieux, les lecteurs prêtent leur propre corps (voix et souffle) à mes mots. Il m'arrive d'être éblouie par les slameurs dont le jeu s'inscrit dans le vif et l'éclat. Cependant, je trouve que le poème sur papier se prête mieux à la rêverie lente et ainsi laisse des traces plus durables.


Quelques poèmes 
extraits de Le silence est une voie navigable
par Catherine Fortin
Éditions du Noroît, 2007


avec ta bouche tu écris sur ma peau
des mots que je ne comprends pas
mais je lis dans tes yeux
ce que tu lis dans mes yeux
et je sais
que nous sommes loin d’ici

nous sommes loin d’ici
et cette pensée dans ma bouche
à son tour s’éteint contre ton visage

plus tard cette même pensée
portée par le ressac de la nuit
reviendra jouer de sa brûlure
contre l’absence de mots

p. 22


Sommes-nous vraiment en voyage
ou devant un vertige sans nom
— dont on se souviendrait avoir escaladé
les lisses parois?

Au plus vif de l'insoutenable
nous avions de petites attentions
mutuelles inexpugnables
à étaler sur les comptoirs
quand il faisait trop soleil
et que brûlaient nos yeux cœlacanthes

p. 60


Quand nous aurons aboli
ce qui dans le noir se conjugue
radoubé les avaries
blanchi les soubresauts
vaincu la déraison et les ogres
de notre ensevelissement
nous logerons nos espoirs
plein les cubicules
les trous de rochers
les lacunes dans nos aptitudes
jusqu’à débordement
sauvage et gratuit

p.74


 - - -
Poèmes extraits de Le silence est une voie navigable, Catherine Fortin, Éditions du Noroît, 75 pages, 2007.



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mercredi 29 juin 2011

Il n’a jamais fait de slam

Une chronique de Geneviève Lévesque

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du Slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

Jacques Ouellet

Jacques Ouellet est né à Québec en 1947. Il a publié son premier recueil en 1987, Qui ose regarder, aux éditions Leméac, ce qui lui a valu le prix Octave Crémazie. Il a collaboré à des collectifs et à des anthologies dont une en traduction : DEMILUNES: Little windows on Québec, à Victoria, B.C, ainsi qu’à de nombreuses revues au Québec, en France et en Belgique : Regart, Levée d’encre, Le Sabord, Estuaire, Liberté, l’Écrit primal, Nouaison. Poète invité au Festival international de poésie de Trois-Rivières à quelques reprises, la série Les Poètes de L’Amérique Française l’accueillait en avril 2010. Au Noroît, il a fait paraître 4 titres dont le dernier en 2004, N’y allez pas.


À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », j’ai demandé à Jacques Ouellet de rédiger un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.

Je n’ai jamais fait de slam parce que :

La poésie peut aussi bien prendre la forme du slam sur une scène que la forme d’un silence sans commune mesure, vaste et contenu.
Explorer questionner douter traverser.
J’ai choisi entre les deux la voix du murmure. Cela m’est venu jeune par nécessité, par évidence alors qu’adolescent, j’ai une première fois entendu la parole du vent dans la cime d’un pin solitaire. Je l’entends toujours et cette expression me guide, je l’ai choisie, je la pratique.
Les voix se croisent nécessaires et multiples se font écho. Certaines me parlent et me font signe davantage que d’autres.
Je reste suspendu, impressionné par la performance des slameuses, slameurs.
J’emprunte un autre chemin.


Quelques poèmes
extraits de N’y allez pas

par Jacques Ouellet,
Éditions du Noroît, 2004





les vents sont ici des châteaux
tourelles d’air où s’achèvent
et recommencent tant de visages
usant leur cycle aussi sûrement
que la mer gruge le fer des parures

qui donc passe qu’on ne verra jamais
deux heures sonnent
la nuit ne sait toujours pas
l’invisible chemin à mesure
s’ébauche et disparaît









ce n’est pas fini on va
sans voir
l’herbe brûlée
l’affrontement de molécules
debout un peu penché
au bord de la lampe on attend
de la tête aux pieds
le vent de l’aube sur son corps vieillissant
on attend toujours
d’être ébloui



je t’offre à boire
tu as déjà bu

la lampe tempête
fouille ce que jamais nous ne fûmes

et si la lampe dérisoire allait
un tout petit instant
tenir tête au néant



- - -
Poèmes extraits de N’y allez pas, Jacques Ouellet, Éditions du Noroît,
100 pages, 2004.



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dimanche 10 octobre 2010

Il n’a jamais fait de slam

Une chronique de André Marceau

La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du Slam. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.

André Duhaime

Né à Montréal en 1948, André Duhaime vit et écrit à Gatineau.

Son activité littéraire se caractérise par la pratique des formes classiques de la poésie japonaise (haïku, renku, tanka et haïbun), leur acclimatation à la sensibilité occidentale et leur diffusion par des articles, en versions papier et électronique.

Il a publié une trentaine de titres en poésie, tant pour adultes que pour jeunes. Depuis le recueil Marcher le silence - Carnets du Japon, (en coécriture avec André Girard; Montréal, Leméac Éditeur, 2006; Prix Canada-Japon 2008), en plus du recueil Séjours (Montréal, Christian Feuillette éditeur, 2009), il a publié quatre ouvrages de poésie pour jeunes : Pissenlits et mauvaises herbes (illustrations de Romi Caron, Montréal, Christian Feuillette éditeur, 2007); Des têtes des queues des pattes (illustrations de Romi Caron, Montréal, Christian Feuillette éditeur, 2007); Pixels (sous la codirection d’Hélène Leclerc, Gatineau, Éditions Vents d’Ouest, 2008); Adrénaline (sous la codirection d’Hélène Leclerc, Gatineau, Éditions Vents d’Ouest, 2009).

À l’instar des autres poètes invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », j’ai demandé à André Duhaime de rédiger un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.


Je n’ai jamais fait de slam parce que :

Quand je m‘assieds pour écrire, c’est tout un univers slamesque qui s’ouvre : et le dedans et le dehors et l’ici et l’ailleurs et même l’au-delà ! Puis, la méditation poétique m’incite à réduire à l’évocatif au lieu de tout transcrire tel quel, et finalement je retiens un élément ou deux. Le possible long poème, comme j’en faisais dans les années 1970, se condense en quelque chose, pourquoi faire long pour tout dire, comme :

entre vieux amis
passer prendre une bière
y rester toute la nuit
André Duhaime


Quelques haïkus
extraits de Séjours

par André Duhaime,
Christina Feuillette Éditeur, 2009


étaux étreintes
poèmes et enfants
un même refuge



les poèmes non publiés
faire le deuil
de ce qui aurait pu être


fatigué
le souffle court
je me fragilise


les yeux d’un rêveur
caricature
dans le passeport


mirabel
songer
au-dessus d’un cheeseburger


870 km/h
et mes idées
fixes


les anges de la nuit
si discrètement harmonisent
songes mensonges


l’aube bientôt
replier mes ailes
me délier les jambes


je la vois
glaces blindées
elle me regarde


enfin un peu de soleil
la chaleur sur le boulevard
un banc au soleil


on marche
au hasard d’un miroir
elle replace une mèche


sur les berges de la garonne
instant de fraîcheur
sous le pont-neuf


réminiscences
longues conversations
de nos soirées


une dernière heure
un dernier sandwich à deux
deux cigarettes


à l’aéroport
les derniers mots
restent dans la gorge


courriels
appels téléphoniques
la distance à nouveau


- - -
Haïkus extraits de Séjours , André Duhaime, Christina Feuillette Éditeur,
100 pages, 15 x 18,5 cm, 2009
ISBN: 978-2-923438-24-5
Prix: 18,95 $ (CAN)



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jeudi 12 août 2010

Il n’a jamais fait de slam

Une chronique de André Marceau


Paul Bélanger

Paul Bélanger publie, depuis 1982, des textes et des poèmes dans des revues au Québec et à l’étranger. Certains de ses poèmes ont paru dans des anthologies, d’autres ont été traduits en espagnol, en portugais et en anglais. Il a publié sept titres aux Éditions du Noroît , dont Origines des méridiens (2005) qui a été finaliste aux Prix Saint Sulpice de la revue Estuaire, Alain-Grandbois de l’Académie des lettres du Québec, ainsi qu’au Prix du Gouverneur Général, et à l’hiver 2009, Répit.


À l’instar des autres poète invités à la chronique « Il/Elle n’a jamais fait de slam », j’ai demandé à Paul Bélanger de rédiger un court texte pour nous expliquer pourquoi il n’a jamais participé à un slam de poésie.


Pourquoi je ne fais pas de slam de poésie ?

Paul Bélanger

Je ne voudrais froisser personne en disant que le SLAM ne m’a jamais rien dit, c’est ainsi.
Je ne conteste à personne, pour autant, la possibilité de se « lancer » sur une scène pour des joutes verbales.

À mon sens, la pratique du slam, si elle relève d’une possibilité du langage, est assez contraire à ma conception du poème. C’est en arrière du poème. Un talent peut sans doute s’y révéler, qui n’est qu’un départ et pas encore un passage. Le poème étant à la frontière de l’image et de la pensée.

Que demande-t-on au poème, si ce n’est cette exigeante transformation du matériau commun. Que demande-t-on au poète, sinon d’aller au-delà de l’exercice virtuose, dans une responsabilité de sa liberté (liberté pour l’autre) qui est conséquente à son ouverture.

Ainsi, au-delà de la performance théâtrale, rien n’est encore engagé, tant il est vrai qu’écrire c’est recommencer, l’expression immédiate n’étant qu’un point de départ.

C’est là un malentendu qui perdure. Dans mes poèmes, la voix n’appelle pas tant l’oralité, dans le sens où on l’entend souvent, mais l’interpellation et l’attention conduisant à des métamorphoses qui ouvrent l’avenir à de nouveaux usages du langage.

Ainsi donc :
Sur la dure connivence d’une
Langue sourde qui ne se donne pas
Aligne les signes secrets et
Monte un alliage alchimique


Trois poèmes

extraits du recueil Répit,
Paul Bélanger, éditions du Noroît / Le taillis pré, 2009.



46

le crayon ne roulera pas jusqu’à la marge
de la table je l’aurai rattrapé pour suivre
mon histoire histoire d’occuper le jour
de comprendre l’arrière des façades
tout homme n’a devant lui
que son reflet à contempler
sans qu’il soit possible d’éviter
de se voir tel qu’il est sans projet
et sans futur agité simplement par l’instant
du mouvement immédiat d’une rencontre
dont il faut reprendre à l’infini l’amorce
d’un premier pas hésitant vers un être
je ne fais que tutoyer cette table
comme une frontière à franchir
sachant qu’une vie ne suffit
pour ce pont de papier



47

de quelle lumière voulais-je nourrir la terre
si je suis dépourvu de clarté à quel désir
répondrais-je qu’elle n’ait assouvi
d’un autre nom et d’ailleurs cela importe-t-il
pourvu que la descente se poursuive
parmi les plis et les équations qui retournent
les objets en révélant le cœur de mon regard
tous ces cahiers ces mots cette magie
ces métamorphoses quand je saute
au risque de me rompre la vie
ne m’a pas épargné penses-tu
je vis dans ce logement minuscule
comme s’il était un vaisseau
et tout se joue sur cette image
de la chute d’un arbre au milieu du salon
ne manque plus au vaisseau qu’à passer
outre et s’éloigner



49

je m’enfonce jusqu’à la mort
d’erreur en erreur et pour un si maigre pain
une table de neige si vraie que je sens
sur ma nuque un souffle froid
sans autre raison que tracer
le fil d’une attention extrême
peu à peu le sofa rassemble les filets
du bois qui blessent les pieds nus
rien n’est à ce point réduit pour l’errance
à l’infini des jours — l’ordalie des sens
remémorés par les mots tendus
vers le point de cassure sans que casse
la flèche qui pointe devant et m’aspire
dans son sillage — perle bleue
d’un mouvement en transit — vie d’un seul
authentiquement perdu à ce monde
et je voudrais durer encore quelques minutes
pour que ne cesse jamais ce vent
qui veut rôtir l’âme dans l’air
une vie contre un seul instant
l’instant pur d’un saut


Extraits du recueil Répit, Éditions du Noroît / Le taillis pré, 2009.


Veuillez noter : La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du SLAM. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.
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vendredi 5 juin 2009

Elle n’a jamais fait de slam

Une chronique de André Marceau

« je les ai enterrés seule des tableaux
comme un drame à partir de la bouche
sans compter les membres les secondes
c’était trop d’avenir dans une paume
petites choses des racines un diable
de loin et ses dégoulinures pas de corps
dans le parc sur les murs pour personne
juste un mort transparent à travers ses filtres »

[Extrait de la quatrième de couverture du recueil : Maniérisme le diable]

Kim Doré

Née à Montréal en 1979, Kim Doré a publié son premier recueil de poèmes, La dérive des méduses, à l’âge de 20 ans. Elle a par la suite complété des études de maîtrise à l’Université du Québec à Montréal où elle s’est intéressée aux rapports entre la science et la littérature.
En 2003, elle cofondait, avec Jean-François Poupart, les éditions Poètes de brousse, où paraîtront
Le rayonnement des corps noirs
(pour lequel elle a remporté le Prix Émile-Nelligan en 2004) et Maniérisme le diable (en 2008) qui s’est mérité le Prix des lecteurs au 10ème marché de la poésie.

Je lui ai demandé de rédiger un texte qui nous expliquerait ce qui l’a conduit jusqu’ici à ne pas participer à un slam de poésie. Évidemment, elle avait champ libre quant à la nature de sa réponse, que voici.

Je n’ai jamais fait de slam* parce que

a) je n’aime pas y assister ; je supporte mal l’oralité sans la musique.
b) j’ai un rapport très tactile et/ou visuel aux mots ; je préfère toujours les lire.
c) je suis terrorisée par l’esprit de la performance.
d) Je ne sais pas trop ce dont il s’agit.
e) Néanmoins je suis POUR le slam
f) Toutes ces réponses

*Une copie autographiée du DC exclusif de Petit corps en santé à faire tirer parmi ceux qui auront la bonne réponse.


Quelques extraits de son dernier recueil

Kim Doré
Maniérisme le diable,
Poètes de brousse, 2008, 72 p., 15.00 $

« Je suis fraternelle dans les paysages,
les paraboles ne nous mènent nulle part qu’au début,
l’eau glacée du début jusqu’aux genoux et à travers.
Ça plie, ça pleure à ma place, des assemblées
dans l’orage, je ne sers à rien au pied du mur.
Il y a des os, pas d’empreinte, mauvais œil dans le dos
à s’y méprendre, je rentre blanchie de la tête
aux chevilles. Fin des prières, j’ai les yeux secs,
sortis loin devant tout le reste. »
[p. 47]

« Après le soleil glisse et je suis pleine de portes,
traversée de toute part, sans effort, par n’importe qui.
Appelle cela le diable, n’y crois pas, respire.
Je déborde de clarté, de bestioles et de bruit,
ça amuse la morte dans son trou noir.
Et les pleureuses, tout bas, sous leur maquillage. »
[p. 48]

« Ça n’arrive pas l’espace à ne plus savoir où l’on naît,
tas de feuilles de l’enfance et ses branches qui s’étirent.
Trop gris, trop grand ce corps, vieilles douleurs
dans les vieux fleuves, les fleuves :
c’est de l’eau qui regarde.
De l’autre rive on entend braire la multitude,
les enfers s’agitent. Et le pain gonfle sous terre
à la manière des cadavres,
les hordes mangent, engraissent de peur.
Territoires ou la fontaine souffrante,
ça n’arrive plus. »
[p. 49]

« Je suis enfermée ailleurs, j’habite ma respiration.
Un tout petit monde de cancers, d’alvéoles, de deuils,
trou à rats pour régresser sans tumulte,
à la manière des anges. À l’intérieur du mur
j’ai les veines saillantes, l’amour est une croyance
qui sort de moi en emportant la foudre,
les briques, l’enfant en même temps que le ventre. »
[p. 50]

Veuillez noter : La chronique « Il/elle n’a jamais fait de slam » vise à faire connaître des poètes et leur poésie qui, bien qu’écrite pour le livre, peut susciter l’intérêt des amis du SLAM. Puisque le blogue est d’abord et avant tout écrit (et non sonore, parlé ou vidéo), la publication de quelques poèmes s’avère appropriée.